C'est la neige tourbillonnante
Qui voltige dans l'air, mousseline vivante,
La neige qui s'arma, dans l'extase du froid,
Le même triste accent vient toujours des rapides,
Toujours les mêmes flots font le même circuit
Des montagnes très loin paraissent toutes proches.
La grève se déroule à l'ombre des sapins,
Femme, sitôt que ton regard
Eut transpercé mon existence,
J'ai renié vingt espérances,
J'ai brisé, d'un geste hagard,
Jeunes filles qui brodez
En suivant des songeries,
Seules sur vos galeries,
Ou qui dehors regardez,
Comme des oiseaux en cage,
Le noir espace, beau pour une occulte fête,
A, pour moi, recueilli la vie et la répète
J'ai dit à la forêt haute et pleine d'orgueil :
" Tuer, seul me déride ;
J'irai dans tes abris dépister le chevreuil
Je connais, au fond d'une anse
Où sa maigre forme danse,
Un érable mort,
Mort nous raconte une histoire
Le rythme séducteur nous appelle ; venez
Lui répondre en mes bras, jeune fille inconnue.
Ainsi qu'en embuscade au socle qui l'attache
Et nu, comme autrefois ses aïeux au désert,
Je suis l'or, simulacre étrange de la vie,
Mode ultime de l'énergie
Que l'homme, prolongeant l'élan primordial,
La montagne portait sa robe d'or bruni,
Or fragile tombant, feuille à feuille, des branches,
Le Saint-Laurent, mordu par les souffles d'automne,
S'exaspère. Partout sur le fleuve dément
Aux coups de feu la mouette
N'a pas changé de chemin,
Et sa brune silhouette
Sur le ciel rose et carmin
Se découpe nette.
Du haut de la côte pelée
Je l'aperçus courant, marchant,
Sinueuse, dans la vallée,
En plein soleil ou se cachant
I
Sur l'immensité noire une lumière brille
Et se dirige à la rencontre du steamer
Je voudrais que la nuit fût opaque et figée,
Définitive et sourde, une nuit d'hypogée ;
Audacieusement sise à cette hauteur,
Cette maison proprette et d'une vigne ornée
Chapelets, bruits de pas, accès de toux, murmures...
Des légions d'ave s'en vont heurter au ciel.
Que chantent les grillons et s'allument les phares !
Un esprit est venu sur le fleuve houleux
Comment savoir d'avance
Si ce nouvel amour sera la vague immense
Qui transportera l'âme ivre d'émotion,
Hanté de souvenirs, l'âme pleine d'images,
Je viens à ta beauté, seul, en pèlerinage,
Pays qui me fus bon.
Quelle âme revêtir dans cette forêt vierge
Qui va, grimpant les monts, au ciel donner assaut,
Ô les mots qu'on adresse à la femme attirante,
Les mots qu'on veut badins, spirituels, charmeurs ;