Je sais en une église un vitrail merveilleux
Où quelque artiste illustre, inspiré des archanges,
L'aube éclabousse les monts de sang
Tout drapés de fine brume,
Et l'on entend meugler frémissant
Un boeuf au naseau qui fume.
Comme la lande est riche aux heures empourprées,
Quand les cadrans du ciel ont sonné les vesprées !
Vous que j'aimai sous les grands houx,
Aux soirs de bohème champêtre,
Bergère, à la mode champêtre,
Plein de spleen nostalgique et de rêves étranges,
Un soir je m'en allai chez la Sainte adorée,
D'abord j'ai contemplé dans le berceau de chêne
Un bébé tapageur qui ne pouvait dormir ;
L'ANGÉLUS sonnait, et l'enfant sur sa couche de douleur
souffrait d'atroces maux ; il avait à peine quinze ans, et les
L'hiver, de son pinceau givré, barbouille aux vitres
Des pastels de jardins de roses en glaçons.
Nous étions là deux enfants blêmes
Devant les grands autels à franges,
Où Sainte Marie et ses anges
La chapelle ancienne est fermée,
Et je refoule à pas discrets
Les dalles sonnant les regrets
De toute une ère parfumée.
Et je retourne encor frileux, au jet des bruines,
Par le délabrement du parc d'octobre. Au bout
Maître, il est beau ton Vers ; ciseleur sans pareil,
Tu nous charmes toujours par ta grâce nouvelle,
Fais, au blanc frisson de tes doigts,
Gémir encore, ô ma maîtresse !
Cette marche dont la caresse
Jadis extasia les rois.
Je remarquais toujours ce grand Jésus de plâtre
Dressé comme un pardon au seuil du vieux couvent,
J'eus ce rêve. Elle a vingt ans, je n'en ai pas moins ;
Nous habiterons ces chers coins
Qu'embaumeront ses soins.
Ma pensée est couleur de lumières lointaines,
Du fond de quelque crypte aux vagues profondeurs.
Toi-même, éblouissant comme un soleil ancien
Les Regrets des solitudes roses,
Contemple le dégât du Parc magicien
Ma mère, que je l'aime en ce portrait ancien,
Peint aux jours glorieux qu'elle était jeune fille,
Avec l'obsession d'un sanglot étouffant,
Combien ma souvenance eut d'amertume en elle,
En une très vieille chapelle
Je sais un diptyque flamand
Où Jésus, près de sa maman,
Creuse le sable avec sa pelle.
Les becs de gaz sont presque clos :
Chauffe mon coeur dont les sanglots
S'épanchent dans ton coeur par flots,
Gretchen !
Elle est de la beauté des profils de Rubens
Dont la majesté clame à la sienne s'incline.
Loin des vitres ! clairs yeux dont je bois les liqueurs,
Et ne vous souillez pas à contempler les plèbes.
Là, nous nous attardions aux nocturnes tombées,
Cependant qu'alentour un vol de scarabées
Je sais là-bas une vierge rose
Fleur du Danube aux grands yeux doux
O si belle qu'un bouton de rose
La belle sainte au fond des cieux
Mène l'orchestre archangélique,
Dans la lointaine basilique
Dont la splendeur hante mes yeux.
Elle était au couvent depuis trois mois déjà,
Et le désir divin grandissait dans son être,
Les heurs crèvent comme une bombe ;
A l'espoir notre jour qui tombe
Se mêle avec le confiant.
Écoutez, écoutez, ô ma pauvre âme ! Il pleure
Tout au loin dans la brume ! Une cloche ! Des sons
Par les jardins anciens foulant la paix des cistes,
Nous revenons errer, comme deux spectres tristes,
Voici venir les tristes frères
Vers la cellule où tu te meurs.
Ton esprit est plein de clameurs
Et de musiques funéraires.
Hier, j'ai vu passer, comme une ombre qu'on plaint,
En un grand parc obscur, une femme voilée :
Tout se mêle en un vif éclat de gaieté verte
O le beau soir de mai ! Tous les oiseaux en choeur,
En expirant sur l'arbre affreux du Golgotha,
De quel regret ton âme, ô Christ, fut-elle pleine ?
Mort, que fais-tu, dis-nous, de tous ces beaux trophées
De vierges que nos feux brûlent sur tes autels ?
Quelquefois sur ma tête elle met ses mains pures,
Blanches, ainsi que des frissons blancs de guipures.
Maints soirs nous errons dans le val
Que vont drapant les heures grises.
Des pleurs perlent ses yeux d'alises
Rien ne captive autant que ce particulier
Charme de la musique où ma langueur s'adore,
Ils défilent le long des corridors antiques,
Tête basse, égrenant d'énormes chapelets ;
Mon âme a la candeur d'une chose étiolée,
D'une neige de février...
Ah ! retournons au seuil de l'Enfance en allée,
C'est comme l'écho d'un sacré concert
Qu'on entend soudain sans rien y comprendre;
Où l'âme se noie en hachich amer
C'est l'heure solennelle et calme du silence,
L'Angélus a sonné notre prière à Dieu ;
Sainte Notre-Dame, en beau manteau d'or,
De sa lande fleurie
Descend chaque soir, quand son Jésus dort,
En sa Ville-Marie.
La bise geint, la porte bat,
Un Ange emporte sa capture.
Noël, sur la pauvre toiture,
Comme un De Profundis, s'abat.
Le violon, d'un chant très profond de tristesse,
Remplit la douce nuit, se mêle aux sons des cors,
Pour patrimoine il a sept chèvres ;
Quand l'air de l'aube en ses poumons
Vibre, on le voit passer par monts
Or voici que verdoie un hameau sur les côtes
Plein de houx, orgueilleux de ses misères hautes.
Jésus à barbe blonde, aux yeux de saphir tendre,
Sourit dans un vitrail ancien du défunt choeur
Maître, quand j'entendis, de par tes doigts magiques,
Vibrer ce grand Nocturne, à des bruits d'or pareil ;
Au temps où je portais des habits de velours,
Eparses sur mon col roulaient mes boucles brunes.
Les Brises ont brui comme des litanies
Et la flûte s'exile en molles aphonies.
Lorsque tout bruit était muet dans la maison,
Et que mes soeurs dormaient dans des poses lassées
Qu'elle est triste en Octobre avec sa voix pourprée
La Vesprée !
Ses funéraires los enamourent les choses
Trop moroses.
Quelqu'un pleure dans le silence
Morne des nuits d'avril ;
Quelqu'un pleure la somnolence
Longue de son exil ;
Refoulons la sente
Presque renaissante
A notre ombre passante.
Confabulons là
Avec tout cela
Qui fut de la villa.
Les pieds sur les chenets de fer
Devant un bock, ma bonne pipe,
Selon notre amical principe
Rêvons à deux, ce soir d'hiver.
Pour ne pas voir choir les roses d'automne,
Cloître ton coeur mort en mon coeur tué.
Voici que le dahlia, la tulipe et les roses
Parmi les lourds bassins, les bronzes et les marbres
Cécile était en blanc, comme aux tableaux illustres
Où la Sainte se voit, un nimbe autour du chef.
Quand les pastours, aux soirs des crépuscules roux
Menant leurs grands boucs noirs aux râles d'or des flûtes,
Les bruns chêneaux altiers traçaient dans le ciel triste,
D'un mouvement rythmique, un bien sombre contour ;
Enfermons-nous mélancoliques
Dans le frisson tiède des chambres,
Où les pots de fleurs des septembres
La belle Sainte au fond des cieux
Mène l'orchestre archangélique,
Dans la lointaine basilique
Dont la splendeur hante mes yeux.
Je ne suis qu'un être chétif :
Tout jeune, m'a laissé ma mère ;
Je vais errant et maladif :
Je n'ai pas d'amis sur la terre.
Ah! comme la neige a neigé!
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah! comme la neige a neigé!
Qu'est-ce que le spasme de vivre
- Oui, je souffre, ces soirs, démons mornes chers Saints.
- On est ainsi toujours au soupçon des Toussaints.
Dans le soir triomphal la froidure agonise
Et les frissons divins du printemps ont surgi ;
C'est bien lui, ce visage au sourire inconnu,
Ce front noirci du hâle infernal de l'abîme,
Comme des larmes d'or qui de mon coeur s'égouttent,
Feuilles de mes bonheurs, vous tombez toutes, toutes.
Je t'ai vue un soir me sourire
Dans la planète des Bergers :
Tu descendais à pas légers
Du seuil d'un château de porphyre.
Et nos coeurs sont profonds et vides comme un gouffre,
Ma chère, allons-nous-en, tu souffres et je souffre.
La tristesse a jeté sur mon coeur ses longs voiles
Et les croassements de ses corbeaux latents ;
L'âme ne frémit plus chez ce vieil instrument ;
Son couvercle baissé lui donne un aspect sombre ;
Vous jouiez Mendelssohn ce soir-là ; les flammèches
Valsaient dans l'âtre clair, cependant qu'au salon
Octobre étend son soir de blanc repos
Comme une ombre de mère morte.
Les chevriers, du son de leurs pipeaux,