C'est assez soupirer pour un sujet pipeur
Qui tourne à mon malheur ses amours en coutume,
Dieux, que le songe fait de travaux ressentir !
J'ai cru voir en dormant un jardin plein de roses,
Geler dedans les feux, et brûler dans la glace,
Ne pouvoir à mes yeux accorder le sommeil,
J'ai passé maintes nuits à me plaire en ces larmes,
Ne trouvant rien plus doux ni plus délicieux,
Je voudrais bien être vent quelquefois
Pour me jouer aux cheveux d'Uranie,
Puis être poudre aussitôt je voudrais,
Laissez couler, mes yeux, laissez couler vos pleurs,
Donnez nouvelles eaux à leur source lassée,
Mes pleurs qui sur mon teint distillez si souvent,
Pensant caver le coeur de ma fière inhumaine,
Ombres qui dans l'horreur de vos nuits éternelles
Gémissez sans repos vos fautes criminelles,
Ô bois qui du soleil accusez l'impuissance,
Recevant de ses traits la chaude violence
Sans en être percé,
Pourquoi pour mon malheur eus-je l'oeil si léger ?
Pourquoi le sens si prompt, et l'esprit si fragile,
En vain par les destin, redoutables enfers,
Vos cachots sont remplis de supplices divers
Belles fleurs que la lune en croissant fait paraître,
Vous vous rapportez fort avec les autres fleurs,
Esprit des beaux-esprits, vagabonde Inconstance,
Qu'Éole roi des vents avec l'onde conçut
Voici des vers mourants et des plaintes de cygne
Qui sont de mon trépas et la borne et le signe,