Tu sçais, o vaine Muse, o Muse solitaire
Maintenant avec moy, que ton chant qui n'a rien
Amour vomit sur moy sa fureur et sa rage,
Ayant un jour du front son bandeau délié,
Voyant que ne m'estois sous luy humilié,
Combien de fois mes vers ont-ils doré
Ces cheveux noirs dignes d'une Meduse ?
Combien de fois ce teint noir qui m'amuse,
Comme un qui s'est perdu dans la forest profonde
Loing de chemin, d'orée et d'adresse, et de gens :
De quel soleil, Diane, empruntes-tu tes traits,
La flamme, la clarté de ta face divine ?
Des astres, des forêts, et d'Achéron l'honneur,
Diane au monde haut, moyen et bas préside,
Des trois sortes d'aimer la première exprimée
En ceci c'est l'instinct, qui peut le plus mouvoir
Dès que ce Dieu soubs qui la lourde masse,
De ce grand Tout brouillé s'écartela,
Les cieux plus hauts clairement étoila,
En quelle nuit, de ma lance d'ivoire,
Au mousse bout d'un corail rougissant,
Pourrai-je ouvrir ce boutin languissant,
En tous maux que peut faire un amoureux orage
Pleuvoir dessus ma tête, il me plaît d'assurer
Encor que toi, Diane, à Diane tu sois
Pareille en traits, en grâce, en majesté céleste,
J'aime le verd laurier, dont l'hyver ny la glace
N'effacent la verdeur en tout victorieuse,
Je m'étoy retiré du peuple, et solitaire
Je tachoy tous les jours de jouir sainctement
Des celestes vertus, que jadis justement
Je me trouve et me pers, je m'asseure et m'effroye
En ma mort je revis je vois sans penser voir,
Je meure si jamais j'adore plus tes yeux,
Cruelle dédaigneuse, et superbe Maistresse,
Je vivois mais je meurs, et mon coeur gouverneur
De ces membres, se loge autre part : je te prie
Mesme effect qu'ont les vents enclos dessous la terre
Qui d'un coup ennemy causent le tremblement
Myrrhe bruloit jadis d'une flamme enragée,
Osant souiller au lict la place maternelle
Scylle jadis tondant la teste paternelle,
Ou soit que la clairté du soleil radieux
Reluise dessus nous, ou soit que la nuict sombre
Ô Toy qui as et pour mere et pour pere,
De Jupiter le sainct chef, et qui fais
Quand il te plaist, et la guerre et la paix,
Ô traistres vers, trop traistres contre moy,
Qui souffle en vous une immortelle vie,
Vous m'apastez et croissez mon envie,
Par quel sort, par quel art, pourrois-je à ton coeur rendre
Au moins s'il peut vers moy s'engourdir de froideur,
Passant dernièrement des Alpes au travers
(J'entens ces Alpes haults, dont les roches cornues
Plutôt la mort me vienne dévorer,
Et engloutir dans l'abîme profonde
Du gouffre obscur de l'oblivieuse onde,
Quand ton nom je veux faire aux effets rencontrer
De la soeur de Phébus, qui chaste, et chasseresse
Quel tourment, quelle ardeur, quelle horreur, quel orage
Afflige, brûle, étonne et saccage mes sens ?
Quelque lieu, quelque amour, quelque loi qui t'absente,
Et ta déité tâche ôter de devant moi,
Si quelqu'un veut savoir qui me lie et enflamme,
Qui esclave a rendu ma franche liberté,
Vous, ô Dieux, qui à vous presque égalé m'avez,
Et qu'on feint comme moy serfs de la Cyprienne :