Adriane, mon coeur, baise-moi, je te prie,
Puisque ce doux baiser qui coule lentement
Cent et cent fois j'ai désiré pouvoir
Me transmuer en esprit invisible,
Si qu'il me fût de me cacher possible
Daphné se vit en laurier convertie
Quand Phébus fut par elle contesté,
Pour un exemple à la postérité
De ta lèvre mignarde un fin sucre courant,
De ta doucette voix la délicate joie,
Entre l'or et châtain ta tresse qui ondoie,
Douce maîtresse et douces vos façons,
Douce la bouche et douce la parole ,
Et doux votre oeil qui doucement affole,
Doucette voix qui confortes mon âme,
Oeil gracieux qui réjouis le mien,
Front de relief où gît mon entretien,
Étant au lit couché, au lieu de reposer,
Je repense au sujet qui r'allègre ma vie,
Gentil tertre élevé sur la blanche poitrine,
Tétin bien arrondi, je sais bien, sur, ma foi,
Ha ! main qui doucement me déchirez le coeur,
Et qui tenez ma main en l'amoureux cordage,
Oeil mon petit mignon, ma douce friandise,
Oeil bien caractéré des mignardes amours,
Ô agréable Songe, où t'en vas-tu si vite ?
T'éloignant, ton départ renouvelle mon deuil,
Ô Songe humain et divin tout ensemble,
Qui le vouloir nous révèle des Dieux,
Quand un sommeil plaisant et gracieux
Pour donner de ma foi les preuves manifestes,
Mon âme en vous servant est tombée en langueur,
Songeant la nuit, bien souvent je pense être
Auprès de toi couché certainement,
Et les beautés qu'en toi le ciel fit naître
Voici du seul Phénix pourtraite la figure,
Qui s'ennuyant ici, pour se renouveler,
Prépare du bois sec le plus propre à brûler,