Au temps de la mort des marjolaines,
Alors que bourdonne ton léger
Rouet, tu me fais, les soirs, songer
Ce fut en un soir où les chansons
Des amants liés par leurs mains lasses
Mouraient, ô Dame pâle qui passes,
A l'heure du réveil des sèves
L'Amour, d'un geste las,
Sème les rimes et les rêves
Parmi les lis et les lilas.
Sous le souffle étouffé des vents ensorceleurs
J'entends sourdre sous bois les sanglots et les rêves :
Des rossignols chantant à des lys
Sous la lune d'or de l'été, telle,
O toi, fut mon âme de jadis.
Le clair soleil d'avril ruisselle au long des bois.
Sous les blancs cerisiers et sous les lilas roses
A EPHRAÏM MIKHAËL.
Par les vastes forêts, à l'heure vespérale,
Les ruisseaux endormeurs modulent leurs sanglots :
Je suis ce roi des anciens temps
Dont la cité dort sous la mer
Aux chocs sourds des cloches de fer
A PAUL VERLAINE.
I
Par le jardin royal, en l'arôme des roses,
La princesse aux yeux pers, soeur nubile des fleurs,
A STEPHANE MALLARME
Au temps du gazouillis des feuilles, en avril,
La voix du divin Pan s'avive de folie,
Le lierre noir et la rose églantine
Défendent les portes du jardin
Où le soir d'un printemps qui s'obstine
Etouffant en la nuit la rumeur de ses pas
Le vieux ménétrier sous l'horreur de la lune
Mon front pâle est sur tes genoux
Que jonchent des débris de roses ;
O femme d'automne, aimons-nous
Mon âme, en une rose,
Est morte de douleur :
C'est l'histoire morose
Du rêve et de la fleur.
Je n'irai pas la dire
A JORIS-KARL HUYSMANS
La blême lune allume en la mare qui luit
Miroir des gloires d'or, un émoi d'incendie.
I
Mon coeur, ô ma Chimère, est une cathédrale
Où mes chastes pensers, idolâtres du Beau,
Ô narcisses et chrysanthèmes
De ce crépuscule d'automne
Où nos voix reprenaient les thèmes
Tant tristes du vent monotone !
Ô paix de ce pays d'ici
Où jadis nous nous aimâmes
Par nos corps et par nos âmes,
Ô paix de ce pays d'ici !
A STÉPHANE MALLARMÉ
I
O l'ineffable horreur des étés somnolents
Où les lilas au long des jardins s'alanguissent
Tu vins vers moi par les vallées
Où s'effeuillaient les azalées,
O soeur des heures en allées !
Ta toison était de couleur
Une nuit, sous la terrible lune
Qui saignait parmi les brumes roses,
Tu parlais, ô soeur, de tristes choses
Le fébrile frisson des murmures d'amour
M'émeut ce soir les nerfs et vieillit ma mémoire.