L'or
Je suis l'or, simulacre étrange de la vie,
Mode ultime de l'énergie
Que l'homme, prolongeant l'élan primordial,
Conçut pour insuffler une âme subalterne
À la matière qu'il gouverne,
À ses créations de fibre et de métal.
Je circule parmi les rêves
Et ceux que je touche se lèvent
Matérialisés en fantasques moissons
D'oeuvres d'art, de maisons,
De vin clair qui chatoie,
D'instruments et de pain, de bijoux et de soie.
Je suis un rayon de soleil
Qui paraît et métamorphose,
Autour de l'homme, toutes choses :
Un amas de charbon en un boudoir vermeil,
Une source chantante en écheveaux de laine,
Une plaque de bronze en essaim de phalènes.
Je suis une vibration
Qui répercute au loin l'effort de la matière.
Une machine impose au fer des torsions,
La masse tombe et fend la pierre,
Et par moi, quelque part, s'allongeront des bras,
Des outils couperont, la vapeur luttera.
Je suis une idée en voyage
Qui se transforme en acte et de lui se dégage.
Après m'être incarné dans le cuir ou le plomb
J'en sors pour quelque randonnée.
Je suis un mouvement né d'un autre, fécond
Dans le rythme éternel des forces alternées.
J'accours où voltige l'espoir,
Où les dieux ont juré de capter l'eau dansante
Et d'enchaîner la flamme au fond des antres noirs.
Je brille et des cités s'étalent, débordantes ;
Il rôde dans les champs de grands trains annelés,
Les grains percent le sol, des rocs sont descellés.
Subitement les murs fléchissent, les fenêtres
Semblent des orbites de morts.
On se demande avec angoisse : Où donc est l'or ?
Je suis caché dans l'ombre, inutile à mes maîtres.
Leur foi seule était mon soutien,
Ils ont tremblé, je ne suis rien.
D'autres poésies de Alphonse BEAUREGARD
Blancheur
C'est la neige tourbillonnante
Qui voltige dans l'air, mousseline vivante,
La neige qui s'arma, dans l'extase du froid,
D'une beauté trop loin de la vie et traîtresse....
Concordances
Le même triste accent vient toujours des rapides,
Toujours les mêmes flots font le même circuit
En recueillant le rêve et l'espoir dans leurs rides.
Je l'ai...
Déclaration
Femme, sitôt que ton regard
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J'ai brisé, d'un geste hagard,
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Des montagnes très loin...
Des montagnes très loin paraissent toutes proches.
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Et la haute marée ensevelit les roches.
Les astres allumés par...
Désir simple
Jeunes filles qui brodez
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Comme des oiseaux en cage,
Si j'en avais le courage...
Évocation
Le noir espace, beau pour une occulte fête,
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Dans cette irruption d'images se...
Gratitude
J'ai dit à la forêt haute et pleine d'orgueil :
" Tuer, seul me déride ;
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Lors la forêt...
L'arbre mort
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Un érable mort,
Mort nous raconte une histoire
De s'être penché pour boire
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L'éternel féminin
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Or fragile tombant, feuille à feuille, des branches,
Dans le chemin, parmi la foule du dimanche,
Sur les sentiers ombreux et...
L'invitation
Le rythme séducteur nous appelle ; venez
Lui répondre en mes bras, jeune fille inconnue.
Valsons légèrement de tous côtés cernés,
Et qu'en nous la clameur des besoins...
Précédentes poésies
Romance de Chérubin
AIR : Malbrough s'en va-t-en guerre
PREMIER COUPLET
Mon coursier hors d'haleine,
(Que mon coeur, mon coeur a de peine !)
J'errais de plaine en plaine,...
De l'ombre de la treille
Il n'est que l'ombre de la treille
Pour se rafraîchir plaisamment
Et n'y a ombre sa pareille
Ni qui tienne plus fraîchement,
Et si est saine grandement.
De arrogance et gravité
La personne a grand arrogance,
Ou est de sotise pourveue,
Qui ne donne à qui la salue
Ung seul Dieu gard en recompense.
De luy faire la reverence
D'un gourmand, ivrogne et paresseux
Pour dormir et boire et manger,
Prendre,ébat et me soulager, je ne crains homme de ma taille
A qui ne présente bataille,
Fût-il aussi vaillant qu'
Ogier.
Chanson sur le temps présent
Le temps n'est plus tel comme il soulait être
Loyale amour ne règne qu'en écus,
Foi est malade, on sert le dieu
Bacchus Et les brebis font plusieurs moutons...

