Aprement

Le jour
Ils se croisaient dans leur étable et dans leur cour,
Leurs durs regards obstinément fixés à terre ;
Et tous les deux, ils s'acharnaient à soigner mieux,
Elle, ses porcs, et lui, ses boeufs,
Depuis qu'ils se boudaient, rogues et solitaires.

Ils s'épiaient du coin de l'oeil, dans leur enclos,
Avec l'espoir secret de se surprendre en faute.
Mais elle était toujours de corps ferme et dispos
Et lui travaillait dur et tenait la main haute
Sur la grange et le champ.

Ils se mouvaient, pareils à deux blocs de silence,
Faits de sourde rancune et d'âpre violence :
Aux trois repas, ils attablaient, farouchement,
Face à face, leur double entêtement.
Ils gloutonnaient, à bouche pleine,
Leur pain compact
Réglant leurs coups de dents sur le tic tac exact
De l'horloge de chêne ;

Quand leur bru s'en venait, le dimanche, les voir,
L'un disait, à voix haute, pesante et lente,
Ce que l'autre devait savoir
Pour les achats et pour les ventes,
Et l'accord se faisait, sur la somme, sans plus.
- Oh ! qu'ils étaient ardents et résolus
A tordre d'un gain minime
Le plus humble centime ! -

La nuit,
Dos à dos, ils s'étendaient dans leur vieux lit,
Chacun guettant l'aurore
Pour être seul à travailler
Dans le fournil ou le grenier,
Quand l'autre s'oubliait à reposer encore.

Ainsi
Leur bien grandit,
Grâce à leur âcre et morne souci
D'être toujours sans défaillance et sans merci,
Et de vivre, durant des mois et des années,
A mâchoire fermée.

Vous avez aimé cette poésie ? faites la connaître !

Partager

Lien permanent Aprement

Traduction(s) Aprement (english page)

Mots-clefs : coup  emile  longtemps  coeur  aprement  parler  mains  aussi  laisse  jamais  rien  bonheur 

D'autres poésies de Émile VERHAEREN

A la Belgique

Hélas, depuis les jours des suprêmes combats,
Tes compagnes sont la frayeur et l'infortune ;
Tu n'as plus pour pays que des lambeaux de dunes
Et des plaines en feu sur...

lire la suite de la poésie : A la Belgique
mots clefs : emile  coeur  premier  sage  autre  honneur  respect  message  divine  langage 

A la gloire des cieux

L'infini tout entier transparaît sous les voiles
Que lui tissent les doigts des hivers radieux
Et la forêt obscure et profonde des cieux
Laisse tomber vers nous son...

lire la suite de la poésie : A la gloire des cieux
mots clefs :

A la gloire du vent

- Toi qui t'en vas là-bas,
Par toutes les routes de la terre,
Homme tenace et solitaire,
Vers où vas-tu, toi qui t'en vas ?

- J'aime le vent, l'air et...

lire la suite de la poésie : A la gloire du vent
mots clefs : lest  emile  cervelle  coeurs  fleurs  froid  toujours  course  rouge  humide 

A Pâques

Frère Jacques, frère Jacques,
Réveille-toi de ton sommeil d'hiver
Les fins taillis sont déjà verts
Et nous voici au temps de Pâques,
Frère Jacques.

lire la suite de la poésie : A Pâques
mots clefs :

Aprement

Le jour
Ils se croisaient dans leur étable et dans leur cour,
Leurs durs regards obstinément fixés à terre ;
Et tous les deux, ils s'acharnaient à soigner mieux,

lire la suite de la poésie : Aprement
mots clefs : coup  emile  longtemps  coeur  aprement  parler  mains  aussi  laisse  jamais 

Précédentes poésies

Les sanglots embrasés qu'à tout moment il tire

Les sanglots embrasés qu'à tout moment il tire,
Joignant à ses propos toujours quelque serment ;
Font que mille beautés pensent certainement
Qu'il n'est rien ici-bas...

lire la suite de la poésie : Les sanglots embrasés qu'à tout moment il tire
mots clefs :

Esprit, dès le berceau dans le ciel emporté

Esprit, dès le berceau dans le ciel emporté,
Qui dédaignes l'éclat des choses moins durables,
Et toujours t'arrêtant aux desseins honorables,
Ne t'es jamais soumis à...

lire la suite de la poésie : Esprit, dès le berceau dans le ciel emporté
mots clefs : roi  emporte  tenir  ciel  demain  pays  fond  beffroi  sol  vis 

Avoir peu de parents, moins de train que de rente

Avoir peu de parents, moins de train que de rente,
Et chercher en tout temps l'honnête volupté,
Contenter ses désirs, maintenir sa santé,
Et l'âme de procès et de...

lire la suite de la poésie : Avoir peu de parents, moins de train que de rente
mots clefs :

Avecques mon amour naît l'amour de changer

Avecques mon amour naît l'amour de changer.
J'en aime une au matin ; l'autre au soir me possède.
Premier qu'avoir le mal, je cherche le remède,
N'attendant être pris...

lire la suite de la poésie : Avecques mon amour naît l'amour de changer
mots clefs : raison  ciel  nait  autres  toujours  vis  hors  couleurs  ans  amour 

Une belle Vestale habite au beau rivage

Une belle Vestale habite au beau rivage
D'Orne, où c'est qu'elle vit comme en un hermitage.
Quelquefois en son parc elle se sied au bois,
Gaillarde sur les eaux elle...

lire la suite de la poésie : Une belle Vestale habite au beau rivage
mots clefs : brave  lieux  lieu  partout  autre  hors  espoir  rivage  soir  amour