Les glaces sont les mélancoliques gardiennes
Les glaces sont les mélancoliques gardiennes
Des visages et des choses qui s'y sont vus ;
Mirage obéissant sans jamais un refus !
Mais le soir leur revient en crises quotidiennes ;
C'est une maladie en elles que le soir ;
Comment se prolonger un peu, comment surseoir
Au mal de perdre en soi les couleurs et les lignes ?
C'est le mal d'un canal où s'effacent des cygnes
Que l'ombre identifie avec celle de l'eau.
Mal grandissant de l'ombre élargie en halo
Qui lentement dénude, annihile les glaces.
Elles luttent pourtant ; elles voudraient surseoir
Et leur fluide éclat nie un moment le soir...
D'autres poésies de Georges RODENBACH
Ah ! Vous êtes mes soeurs, les âmes qui vivez
Ah ! Vous êtes mes soeurs, les âmes qui vivez
Dans ce doux nonchaloir des rêves mi-rêvés
Parmi l'isolement léthargique des villes
Qui somnolent au long des rivières...
Béguinage flamand
I
Au loin, le béguinage avec ses clochers noirs,
Avec son rouge enclos, ses toits d'ardoises bleues
Reflétant tout le ciel comme de grands miroirs,
Dans l'air fraîchi, venant d'où...
Dans l'air fraîchi, venant d'où, déclose comment ?
Vers moi, par la fenêtre ouverte, une musique
Déferle à petites vagues si tristement.
Elle me fait à l'âme un mal...
Dans l'angle obscur de la chambre, le piano
Dans l'angle obscur de la chambre, le piano
Songe, attendant des mains pâles de fiancée
De qui les doigts sont sans reproche et sans anneau,
Des mains douces par qui sa...
Dans l'étang d'un grand coeur...
Dans l'étang d'un grand coeur quand la douleur s'épanche
Comme du soir, et met un tain d'ombre et de nuit
Sous la surface en fleur de cette eau longtemps blanche
Qui,...
Dans le silence et dans le soir de la maison
Dans le silence et dans le soir de la maison
A retenti le carillon de la pendule.
On ne sait si joyeux ou triste, un air ondule :
Tantôt le chapelet de l'heure en...
Dans quelque ville morte, au bord de l'eau
Dans quelque ville morte, au bord de l'eau, vivote
La tristesse de la vieillesse des maisons
A genoux dans l'eau froide et comme en oraisons ;
Car les vieilles maisons...
Des cloches, j'en ai su qui cheminaient sans bruit
Des cloches, j'en ai su qui cheminaient sans bruit,
Des cloches pauvres, qui vivaient dans des tourelles
Sordides, et semblaient se lamenter entre elles
De n'avoir de...
Dimanche : un pâle ennui d'âme, un désoeuvrement
Dimanche : un pâle ennui d'âme, un désoeuvrement
De doigts inoccupés tapotant sourdement
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- Ah ! Ce gémissement du...
Dimanches
Morne l'après-midi des dimanches, l'hiver,
Dans l'assoupissement des villes de province,
Où quelque girouette inconsolable grince
Seule, au sommet des toits, comme un...
Précédentes poésies
L'exposition des couleurs
Le blanc
Entre toutes couleurs suis la premiere,
Humilité signiffie et simplesse,
Dont le lys blanc est des fleurs la maistresse :
Saincte Escripture en donne...
Ballade
Je meurs de soif auprès de la fontaine ;
Je treuve doulx ce qui doit estre amer ;
J'aime et tiens chiers tous ceulx qui me font haine,
Je hé tous ceulx que fort je...
Voyelles
A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
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A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des...
Vénus Anadyomène
Comme d'un cercueil vert en fer blanc, une tête
De femme à cheveux bruns fortement pommadés
D'une vieille baignoire émerge, lente et bête,
Avec des déficits assez mal...
Tête de faune
Dans la feuillée, écrin vert taché d'or,
Dans la feuillée incertaine et fleurie
De fleurs splendides où le baiser dort,
Vif et crevant l'exquise broderie,
Un...

