Avec toi...
Avec toi, je ferais volontiers le tour de la terre.
J'oublierais les fins dernières, le ciel et tant de choses.
Je dirais adieu à ce monde que j'ai trop aimé.
Je partirais pour ne jamais revenir, et ceux que j'ai autrefois connus et chéris, je ne les reverrais plus.
Je cacherais dans des pays pour moi inconnus ma figure qui n'est plus jeune et ses rides, filles de l'expérience.
Personne ne saurait désormais que je souffre, me plains et que je lève vers le ciel des yeux d'angoisse.
Non, je serais heureux avec ce quelque chose de fou qu'ont les héros de la foi et de l'amour.
Je viderais de mon coeur extasié toute la tendresse qui y dort. Et mes larmes - celles qui ne sont jamais allées aux autres, celles qui n'ont jamais servi dans mes détresses d'hier - je les répandrais sur tout ainsi qu'une rosée lustrale.
Je te prendrais dans mes bras comme si je tenais un trésor, un livre sacré, une bible dont j'épellerais, lentement, chaque mot et chaque phrase.
Je dirais mes marches douloureuses dans le sable brûlant du désert et mes nuits dévorées par la souffrance et l'insomnie. Plus de secrets: le passé et ses offenses, ses visages de cendre, ses instruments de torture, tu en effacerais jusqu'au souvenir dans ma pensée.
Le silence ne serait plus cet hôte détesté qui nous suit comme un spectre, le silence, nous le remplirions de la marée de nos coeurs: il serait la respiration palpitante de notre félicité. Et nous le peuplerions de ces images divines qui furent sauvées de l'oubli des hommes, et pour qu'il tressaille jusqu'aux étoiles, nous lui jetterions le sanglot des poètes, les musiques les plus aiguës et les plus déchirantes.
Et nous irions, emportés par l'espace, secouer la poussière de nos vêtements sur le seuil des mondes enchantés. Exaucés par le rêve, perdus de désirs, nous dormirions dans ces nuits douces de certaines villes qui bercent le coeur éclaté des hommes.
Recréé par toi, neuf par ma volonté et la magie de ton âme, je me remettrais à courir dans l'imagination et l'espoir. Toute la terre nous verrait passer, enchaînés par une loi commune, n'ayant désormais qu'une même âme.
Et puis, un jour, je te laisserais, peut-être, dans un port où les voiliers, les navires frémissent d'impatience pour un nouveau départ. Je te laisserais, repris par mes remords, mes regrets, toutes mes misères, et je te crierais de t'en aller pour que tu meures dans mon âme sous mes cris de désespoir et d'ivresse.
Ah! comme j'essayerais de faire le tour de la terre avec toi.
- Chère Beauté, fuis, fuis, car la terre n'est point faite pour le bonheur.
D'autres poésies de Marcel DUGAS
Paroles en liberté
Avant-Propos
Je me suis agenouillé devant les idoles, je me prosterne plus que jamais en présence du Dieu unique, créateur des mondes, des êtres et des choses.
Matins
Soirs
Soirs où la chair n'est qu'une grande plainte désolée vers les étoiles...
Soirs où meurent toutes les âmes vaines, lasses de frémir et d'adorer...
Soirs pareils à des fantômes glissant au bord du sommeil et faisant de la nuit une fresque d'ombres passionnées...
L'idéal maison
J'avais construit ma maison sur un ciel de nuages et de zéphyr. Et pour que nul ne me dérobe mes tableaux, mes statues, mes rêves, j'étais allé, sur une montagne très haute, la suspendre dans l'azur. Elle était belle, ma fantastique demeure! Elle était la chose du soleil, du jour, de la nuit, et la flamme qui monte et le parfum qui descend avec lenteur sur la plaine. En elle se refaisaient les visages du matin et du soir.
Le soir sur le lac
Voici le soir, chère âme, qui demande pâture à tout ce qui peut créer en toi le frisson ou l'extase.
Ivresse
Elle me tient penché sur les gouffres. Mais je chasse ses invitations au suicide. En ma tristesse persiste encore le goût de la vie. Sous une couronne de pensées désespérantes, la volonté sait encore me lier à la conscience, me jeter à la contemplation de moi-même. Je vis!
Rébus
Le dieu plonge et disparaît dans la mer. Il dort au fond des eaux qui lui servent de berceau liquide. Son linceul, ce sont les vagues qui l'enveloppent, le roulent, le caressent. Il semble mort.
Ma tristesse est en vous
Ma tristesse est en vous, essaim bruissant de mes souvenirs, ma tristesse qui s'appuie avec des paumes tièdes à votre visage, et qui vous regarde et vous écoute en frémissant. Elle s'insinue, vous pénètre et crée, par l'incantation de toute votre vie confuse, une multitude de figures réelles.
Bois, car...
«J'ai mis ma lèvre à la coupe d'argile, Pour y chercher le secret de la vie;
Elle m'a dit: Tant que tu vis encore, Bois, car les morts ne reviennent jamais. »
Précédentes poésies
Cortège
À M. Léon Bailby.
Oiseau tranquille au vol inverse oiseau
Qui nidifie en l'air
À la limite où notre sol brille déjà
Baisse ta deuxième paupière la terre t'éblouit
Quand tu lèves la tête

