Guy Delahaye

Comme UNE EAU PURE destinée à des fruits choisis et rares, je t'ai gardé pour la fin.

C'est l'heure du souvenir, car nous avons vécu. Le sable gris du temps est descendu sur nos tempes, et dans nos âmes les cicatrices soudent des plaies qui furent béantes. Destin des hommes et des choses, tel est désormais le thème de nos rêveries. Nous écoutons frémir le vent du soir. Déjà, la terre a perdu son ineffable chanson.

Elles sont terminées les fines analyses de l'amour, car « on n'aime » plus guère « pour en souffrir » et on ne « sourit » plus « devant l'indifférence »... Mais tu soignes de grands malades avec cette pitié, sans doute, qui au temps jadis mouillait tes yeux de saint.

Ce grand captif oppressé par ses chaînes, cet archange déchu qui se souvient encore de son ciel noyé, Nelligan, le bien nommé, tu le promènes au jardin. Couvé par ta sollicitude, tu tâches de ressusciter cet univers enchanté où jadis il fut roi. Roi des mots et des phrases, prince amusé des légendes et du secret des coeurs.

Et, j'en suis sûr, tu pries le destin qu'il écarte de mes frêles épaules le poids de ses ombres mauvaises, ses Pélions et ses Ossas de détresse. Merci, grand frère !

J'ai pourtant à te chercher noise. Et, sans sourciller, je viderai ici cette querelle. Tes « Phases », tu les as mises sous le boisseau avec des airs de dépouillé - ceux de François d'Assise. Tes créations sont là, dormantes, dans un tiroir. Qui les en fera sortir? Elles te supplient néanmoins que tu les laisses s'élancer vers le soleil d'or, jouer dans le grand espace blanc, sourire au bord des âmes qui sont soeurs de la tienne. Et, geôlier de ces divines captives, tu vas et viens, sourd à leurs reproches. Délivre-les: elles ont faim et soif. Aie pitié pour toi-même, toi qui as déjà tellement donné aux autres.

Penses-tu, vraiment, que Dieu te sait gré de ton silence ?

Illusion d'un coeur que tu humilies à plaisir, d'un coeur saturé de sacrifices. Non, il veut savoir comment le cri peut trembler sur ta lèvre, et ton coeur, confesser sa misère ou ses épiphanies.

Que tu dédaignes la prière des humains, soit, mais celle qui te vient d'un ciel où tu seras un jour...

... Saint Guy, priez pour nous, les mauvais : René, Paul, Marcel.

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Traduction(s) Guy Delahaye (english page)

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