L'idéal maison
J'avais construit ma maison sur un ciel de nuages et de zéphyr. Et pour que nul ne me dérobe mes tableaux, mes statues, mes rêves, j'étais allé, sur une montagne très haute, la suspendre dans l'azur. Elle était belle, ma fantastique demeure! Elle était la chose du soleil, du jour, de la nuit, et la flamme qui monte et le parfum qui descend avec lenteur sur la plaine. En elle se refaisaient les visages du matin et du soir.
Parmi les murmures qui s'élevaient des bois, elle semblait flotter sur les nappes d'or du soleil épandu. Et si l'orage déchaînait ses fureurs, elle pleurait de toute la pluie des ciels. Elle empruntait une voix aux éléments, et sa parure, c'étaient les pourpres de Phébus, le reflet des nuages, les vapeurs qui s'exhalaient des lacs, des roseaux et des cabanes de terre.
Maison ardente et qui dansait comme une arche bien- heureuse! Maison illusoire où les fées souriaient, penchées aux fenêtres.
Sous les caresses des étoiles, elle simulait une vivante habitation, hantée de fantômes et de rêves patiemment apprivoisés. L'empyrée, qui bruit de tant de musiques, lui fournissait des chansons. Son hospitalité se faisait accueillante à la joie et au malheur; des mendiants - c'est un rêve! - mangeaient de mon pain, et des poètes, fraternels aux chimères, m'endormaient de leurs chants. Dans son jardin, les jeunes filles venaient cueillir des fleurs et des fruits. Et j'ai cru, un jour, follement que, sur son seuil, je refaisais l'homme, à l'image des dieux et des saints. Mais, un soir de tempête, ma maison s'est écroulée avec mes images, mes souvenirs, mon intelligence et ma flamme. Ne la cherchez pas désormais; ma maison n'est plus, ma maison est morte.
D'autres poésies de Marcel DUGAS
Paroles en liberté
Avant-Propos
Je me suis agenouillé devant les idoles, je me prosterne plus que jamais en présence du Dieu unique, créateur des mondes, des êtres et des choses.
Matins
Soirs
Soirs où la chair n'est qu'une grande plainte désolée vers les étoiles...
Soirs où meurent toutes les âmes vaines, lasses de frémir et d'adorer...
Soirs pareils à des fantômes glissant au bord du sommeil et faisant de la nuit une fresque d'ombres passionnées...
L'idéal maison
J'avais construit ma maison sur un ciel de nuages et de zéphyr. Et pour que nul ne me dérobe mes tableaux, mes statues, mes rêves, j'étais allé, sur une montagne très haute, la suspendre dans l'azur. Elle était belle, ma fantastique demeure! Elle était la chose du soleil, du jour, de la nuit, et la flamme qui monte et le parfum qui descend avec lenteur sur la plaine. En elle se refaisaient les visages du matin et du soir.
Ivresse
Elle me tient penché sur les gouffres. Mais je chasse ses invitations au suicide. En ma tristesse persiste encore le goût de la vie. Sous une couronne de pensées désespérantes, la volonté sait encore me lier à la conscience, me jeter à la contemplation de moi-même. Je vis!
Précédentes poésies
Cortège
À M. Léon Bailby.
Oiseau tranquille au vol inverse oiseau
Qui nidifie en l'air
À la limite où notre sol brille déjà
Baisse ta deuxième paupière la terre t'éblouit
Quand tu lèves la tête

