Nuit sacrée
Nuit sacrée, de chair triomphante!
Je te bois, je te respire comme une terre desséchée s'abreuverait d'une source jaillie par miracle. Et, à travers toi, c'est mon extase que je berce, calme, endors.
Un jour, tu diras en songeant à cette joie des sens: « Folie de jeunesse ».
Mais moi, revêtu d'ombre et de silence, je ressusciterai d'entre les morts. Et mon âme, encore désireuse, élancée à la cime des ifs, écoutera le chant triste de l'oubli, ce blâme ingrat du souvenir.
I
La nuit fait jouer ses éventails de silence et d'ombres. Derrière l'horizon s'éteignent le rire et la douleur des humains.
Tu reposes, moi, je veille!
À genoux, bras serrés sur ma poitrine toute brûlante de baisers retenus,
Je bois le souffle de ton haleine.
La nuit fait jouer ses éventails de silence et d'ombres.
II
Le vent soulève les boucles de ta chevelure,
Ton masque si fin se tend comme une offrande,
Ton corps s'enfonce dans une lagune d'étoiles et de lis d'eau.
Dors, chair élue de ma chair!
Mais il semble que, sous des paupières closes,
Tu désires la résurrection de notre premier matin.
L'ombre de François Villon s'allonge sur le mur des Ursulines.
Comme un oiseau de proie, ma tristesse s'attache à son flanc imaginaire, cependant que le soir descend avec des douceurs mourantes de roses effeuillées.
Je vous attends dans ma solitude, fleur rare. Venez, je vous parlerai de lui jusqu'à ce qu'il revienne.
Je vous placerai dans mon vase à fleurs. Je ne sais nul autre endroit qui soit plus digne de vous. Vous les ferez pâlir, dans ma mémoire, les plus belles, celles qui ont vécu l'espace d'un matin.
Moins menacée par l'heure qui s'écoule, et non seulement belle, mais parlante, vous direz: « Je ne suis pas fâchée contre vous! » Et ces choses exquises dont vous avez, seule, le secret, dont tout le sens ne vous est pas connu.
Votre âme aux délicatesses infinies, pure à force d'être vraie, coulera comme l'ambroisie d'une amphore.
La solitude sera brûlée par la flamme de vos yeux: il y aura toute l'âme humaine à son éveil dans mon courtil déserté.
Nous regarderons ensemble le fantôme de Villon sur le mur. Il sera rayonnant et, dans une apothéose, montera dans le ciel sous le chant exhalé de vos lèvres.
Venez, la nuit va m'engloutir et je vais avoir peur de moi- même, si seul, si grandement seul.
Venez surtout pour que nous assistions à l'assomption du grand maudit dont le fantôme obsède le mur des femmes saintes.
Venez, puisque vos paroles sont des prières humaines où fleurit un coeur.
D'autres poésies de Marcel DUGAS
Paroles en liberté
Avant-Propos
Je me suis agenouillé devant les idoles, je me prosterne plus que jamais en présence du Dieu unique, créateur des mondes, des êtres et des choses.
Matins
Soirs
Soirs où la chair n'est qu'une grande plainte désolée vers les étoiles...
Soirs où meurent toutes les âmes vaines, lasses de frémir et d'adorer...
Soirs pareils à des fantômes glissant au bord du sommeil et faisant de la nuit une fresque d'ombres passionnées...
L'idéal maison
J'avais construit ma maison sur un ciel de nuages et de zéphyr. Et pour que nul ne me dérobe mes tableaux, mes statues, mes rêves, j'étais allé, sur une montagne très haute, la suspendre dans l'azur. Elle était belle, ma fantastique demeure! Elle était la chose du soleil, du jour, de la nuit, et la flamme qui monte et le parfum qui descend avec lenteur sur la plaine. En elle se refaisaient les visages du matin et du soir.
Le soir sur le lac
Voici le soir, chère âme, qui demande pâture à tout ce qui peut créer en toi le frisson ou l'extase.
Ivresse
Elle me tient penché sur les gouffres. Mais je chasse ses invitations au suicide. En ma tristesse persiste encore le goût de la vie. Sous une couronne de pensées désespérantes, la volonté sait encore me lier à la conscience, me jeter à la contemplation de moi-même. Je vis!
Rébus
Le dieu plonge et disparaît dans la mer. Il dort au fond des eaux qui lui servent de berceau liquide. Son linceul, ce sont les vagues qui l'enveloppent, le roulent, le caressent. Il semble mort.
Ma tristesse est en vous
Ma tristesse est en vous, essaim bruissant de mes souvenirs, ma tristesse qui s'appuie avec des paumes tièdes à votre visage, et qui vous regarde et vous écoute en frémissant. Elle s'insinue, vous pénètre et crée, par l'incantation de toute votre vie confuse, une multitude de figures réelles.
Bois, car...
«J'ai mis ma lèvre à la coupe d'argile, Pour y chercher le secret de la vie;
Elle m'a dit: Tant que tu vis encore, Bois, car les morts ne reviennent jamais. »
Précédentes poésies
Cortège
À M. Léon Bailby.
Oiseau tranquille au vol inverse oiseau
Qui nidifie en l'air
À la limite où notre sol brille déjà
Baisse ta deuxième paupière la terre t'éblouit
Quand tu lèves la tête

