Vive la Canadienne...
I
Elle tend son front d'ambre ou de lys vers le ciel.
Elle prie:
Et c'est son coeur qui de sa bouche s'envole.
II
Perfide. Plus que l'onde et comme elle partant pour l'oubli, la nouveauté, le bracelet neuf, la dentelle rare. Sous ses pas, elle broie des coeurs et se rit des carnages. Elle a pris plaisir à une bouche fraîche, puis fantasque et cruelle, se refuse, court vers une autre bouche. Mille regards sont braqués sur elle en qui meurt une espérance. Des bras veulent la retenir et cette sylphide est déjà loin. Elle sait le charme de la traîtrise et la désolation chez les autres. Dans son plaisir, elle mêle le goût du nectar à celui du poison: elle triomphe et elle tue.III
Sa fraîcheur vient-elle de la rose ou du lys?
De quel mélange est composée la carnation de sa chair?
Elle ravit, apprivoise, dompte.
Ses beaux yeux, c'est un lac où le ciel dort.
Elle aime, souffre et pleure.
Mais sa beauté résiste à l'orage. Et devenue vieille, elle a je ne sais quel air de jeunesse.
IV
Elle avait des bras doux comme de la laine et berçait ses enfants avec une tendresse infinie.
C'était quelque chose de feutré, d'un enveloppement mystérieux. Quand ils pleuraient, les paroles descendaient de sa bouche plus calmantes que le miel, plus chaudes que le soleil d'été, et les corps fondaient dans cette chaleur, cessaient de souffrir.
Ses lèvres exhalaient une prière, puis, se penchant sur leurs fronts, semblaient des caresses de fleur.
Et les petits se remettaient à courir sur la terre.
D'autres poésies de Marcel DUGAS
Paroles en liberté
Avant-Propos
Je me suis agenouillé devant les idoles, je me prosterne plus que jamais en présence du Dieu unique, créateur des mondes, des êtres et des choses.
Matins
Soirs
Soirs où la chair n'est qu'une grande plainte désolée vers les étoiles...
Soirs où meurent toutes les âmes vaines, lasses de frémir et d'adorer...
Soirs pareils à des fantômes glissant au bord du sommeil et faisant de la nuit une fresque d'ombres passionnées...
L'idéal maison
J'avais construit ma maison sur un ciel de nuages et de zéphyr. Et pour que nul ne me dérobe mes tableaux, mes statues, mes rêves, j'étais allé, sur une montagne très haute, la suspendre dans l'azur. Elle était belle, ma fantastique demeure! Elle était la chose du soleil, du jour, de la nuit, et la flamme qui monte et le parfum qui descend avec lenteur sur la plaine. En elle se refaisaient les visages du matin et du soir.
Le soir sur le lac
Voici le soir, chère âme, qui demande pâture à tout ce qui peut créer en toi le frisson ou l'extase.
Ivresse
Elle me tient penché sur les gouffres. Mais je chasse ses invitations au suicide. En ma tristesse persiste encore le goût de la vie. Sous une couronne de pensées désespérantes, la volonté sait encore me lier à la conscience, me jeter à la contemplation de moi-même. Je vis!
Rébus
Le dieu plonge et disparaît dans la mer. Il dort au fond des eaux qui lui servent de berceau liquide. Son linceul, ce sont les vagues qui l'enveloppent, le roulent, le caressent. Il semble mort.
Ma tristesse est en vous
Ma tristesse est en vous, essaim bruissant de mes souvenirs, ma tristesse qui s'appuie avec des paumes tièdes à votre visage, et qui vous regarde et vous écoute en frémissant. Elle s'insinue, vous pénètre et crée, par l'incantation de toute votre vie confuse, une multitude de figures réelles.
Bois, car...
«J'ai mis ma lèvre à la coupe d'argile, Pour y chercher le secret de la vie;
Elle m'a dit: Tant que tu vis encore, Bois, car les morts ne reviennent jamais. »
Précédentes poésies
Cortège
À M. Léon Bailby.
Oiseau tranquille au vol inverse oiseau
Qui nidifie en l'air
À la limite où notre sol brille déjà
Baisse ta deuxième paupière la terre t'éblouit
Quand tu lèves la tête

