Son retour
Hélas ! Je devrais le haïr !
Il m'a rendu le mal de l'âme,
Ce mal plein de pleurs et de flamme,
Si triste, si lent à guérir !
Hélas ! Je devrais le haïr.
Il m'a rapporté ce tourment
Qu'avait assoupi son absence :
Dans le charme de sa présence,
Dans mon nom, qu'il dit tristement,
Il m'a rapporté ce tourment.
Dans le baiser pur du retour
Lorsque son âme m'a cherchée,
La mienne en vain s'était cachée :
La mienne a reconnu l'amour
Sous le baiser pur du retour.
Il dit qu'il ne s'en ira plus :
Quelle frayeur dans cette joie !
Vous voulez que je le revoie,
Mon Dieu ! Nous sommes donc perdus :
Il dit qu'il ne s'en ira plus !
D'autres poésies de Marceline DESBORDES-VALMORE
A l'amour
Reprends de ce bouquet les trompeuses couleurs,
Ces lettres qui font mon supplice,
Ce portrait qui fut ton complice ;
Il te ressemble, il rit, tout baigné de mes...
A ma soeur Cécile
Cache-les dans ton coeur, toi dont le coeur pardonne,
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C'est toute une âme en fleur qui s'exhale vers toi ;
Aux...
A Rouen, rue Ancrière
Je n'ai vu qu'un regard de cette belle morte
A travers le volet qui touche à votre porte,
Ma soeur, et sur la vitre où passa ce regard,
Ce fut l'adieu d'un ange obtenu...
Allez en paix
Allez en paix, mon cher tourment,
Vous m'avez assez alarmée,
Assez émue, assez charmée...
Allez au loin, mon cher tourment,
Hélas ! mon invisible aimant !
Ame et jeunesse
Puisque de l'enfance envolée
Le rêve blanc,
Comme l'oiseau dans la vallée,
Fuit d'un élan ;
Puisque mon auteur adorable
Me fait errer
Sur la terre...
Amour, divin rôdeur
Amour, divin rôdeur, glissant entre les âmes,
Sans te voir de mes yeux, je reconnais tes flammes.
Inquiets des lueurs qui brûlent dans les airs,
Tous les regards...
Au livre de Léopardi
Il est de longs soupirs qui traversent les âges
Pour apprendre l'amour aux âmes les plus sages.
Ô sages ! De si loin que ces soupirs viendront,
Leurs brûlantes douceurs...
Aux trois aimés
De vous gronder je n'ai plus le courage,
Enfants ! ma voix s'enferme trop souvent.
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Votre aile s'ouvre, émue au moindre vent.
Avant toi
Comme le rossignol qui meurt de mélodie
Souffle sur son enfant sa tendre maladie,
Morte d'aimer, ma mère, à son regard d'adieu,
Me raconta son âme et me souffla son...
Aveu d'une femme
Savez-vous pourquoi, madame,
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J'aime ! Et je sens qu'une femme
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Le vôtre est tout dans vos charmes,
Précédentes poésies
Tableau de Paris (A cinq heures du soir)
En tous lieux, la foule
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Le jour baisse et fuit ;
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Les dîners se pressent,
Les...
Tableau de Paris (A cinq heures du matin)
L'ombre s'évapore,
Et déjà l'aurore
De ses rayons dore
Les toits d'alentour ;
Les lampes pâlissent,
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Les marchés s'emplissent...
Les plaisirs du dimanche
Vive, vive le dimanche !
Vieil enfant du Carnaval
De la gaieté la plus franche
Ce beau jour donne le signal.
Jeunes et vieux de leur demeure
L'atelier du peintre
ou
Le portrait manqué
Jaloux de donner à ma belle
Un duplicata de mes traits,
Je demande quel est l'Apelle
Le plus connu par ses portraits....
Pleurant amèrement mon douloureux servage
Pleurant amèrement mon douloureux servage
Qui tient mon corps mal sain, mon esprit en souci,
Le coeur comblé d'amer, le visage transi,
Cachant l'ombre de vie en une...

