Mais Sa tête, Sa tête !
Mais Sa tête, Sa tête !
Folle, unique tempête
D'injustice indignée,
De mensonge en furie,
Visions de tuerie
Et de vengeance ignée ;
Puis exquise bonace,
Du soleil plein l'espace,
Colombe sur l'abîme,
Toute bonne pensée
Caressée et bercée
Pour un réveil sublime.
Force de la nature
Magnifiquement dure
Et si douce, Sa tête,
Adoré phénomène
Ô de ma Philomène
La tête, seule fête !
Et voyez qu'elle est belle
Cette tête rebelle
À la littérature
Comme à l'art de la brosse
Et du ciseau féroce,
Voyez, race future !
Car je veux dire aux Ages
Ce plus cher des visages,
Cheveux noirs comme l'ombre
Où passerait une onde
Pure, froide, profonde,
Sous un ciel bas et sombre,
Petit front d'Immortelle
Plissé dans la querelle,
Nez mignard qu'ironise
Un bout clair qui s'envole,
Bouche d'où Sa parole
Part, précise et concise
Mais sorcière sans cesse,
Qui blesse et qui caresse
Mon âme obéissante,
Soumise, adulatrice,
Ô voix dominatrice,
Ô voix toute-puissante !...
Et ô sur cette bouche
Plus âpre que farouche,
Plus farouche que tendre,
Plus tendre qu'ordinaire,
Prince au fond débonnaire,
Le Baiser semble attendre,
Et tout cela qu'éclaire
Le regard circulaire
De deux beaux yeux de braise,
Bruns avec de la flamme,
Sournois avec de l'âme
Et du coeur, n'en déplaise
À nos jaloux, ma reine,
Ma noble souveraine
Qui me tiens dans tes geôles,
Ô tête belle et bonne
Et mauvaise - et couronne
Du trône, tes Epaules.
D'autres poésies de Paul VERLAINE
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A la promenade
Le ciel si pâle et les arbres si grêles
Semblent sourire à nos costumes clairs
Qui vont flottant légers avec des airs
De nonchalance et des mouvements d'ailes.
A Madame X...
En lui envoyant une pensée
Au temps où vous m'aimiez (bien sûr ?),
Vous m'envoyâtes, fraîche éclose,
Une chère petite rose,
Frais emblème, message pur.
Précédentes poésies
Vous m'avez dit, tel soir...
Vous m'avez dit, tel soir, des paroles si belles
Que sans doute les fleurs, qui se penchaient vers nous,
Soudain nous ont aimés et que l'une d'entre elles,
Pour nous...
Voici quinze ans déjà que nous pensons d'accord
Voici quinze ans déjà que nous pensons d'accord ;
Que notre ardeur claire et belle vainc l'habitude,
Mégère à lourde voix, dont les lentes mains rudes
Usent l'amour...
Vivons, dans notre amour et notre ardeur
Vivons, dans notre amour et notre ardeur,
Vivons si hardiment nos plus belles pensées
Qu'elles s'entrelacent harmonisées
A l'extase suprême et l'entière ferveur,
Viens lentement t'asseoir
Viens lentement t'asseoir
Près du parterre dont le soir
Ferme les fleurs de tranquille lumière,
Laisse filtrer la grande nuit en toi :
Nous sommes trop heureux...
Viens jusqu'à notre seuil répandre
Viens jusqu'à notre seuil répandre
Ta blanche cendre
Ô neige pacifique et lentement tombée :
Le tilleul du jardin tient ses branches courbées
Et plus ne fuse au...

