Prière du matin
Le Soleil couronné de rayons et de flammes
Redore nostre aube à son tour :
Ô sainct Soleil des Saincts, Soleil du sainct amour,
Perce de flesches d'or les tenebres des ames
En y rallumant le beau jour.
Le Soleil radieux jamais ne se courrouce,
Quelque fois il cache ses yeux :
C'est quand la terre exhalle en amas odieux
Un voile de vapeurs qu'au devant elle pousse,
En se troublant, et non les Cieux.
Jesus est toujours clair, mais lors son beau visage
Nous cache ses rayons si doux,
Quand nos pechez fumans entre le Ciel et nous,
De vices redoublez enlevent un nuage
Qui noircit le Ciel de courroux.
Enfin ce noir rempart se dissout et s'esgare
Par la force du grand flambeau.
Fuyez, pechez, fuyez : le Soleil clair et beau
Vostre amas vicieux et dissipe et separe,
Pour nous oster nostre bandeau.
Nous ressusciterons des sepulchres funebres,
Comme le jour de la nuict sort
Si la premiere mort de la vie est le port,
Le beau jour est la fin des espaisses tenebres,
Et la vie est fin de la mort.
D'autres poésies de Théodore Agrippa d'AUBIGNÉ
A l'éclair violent de ta face divine
A l'éclair violent de ta face divine,
N'étant qu'homme mortel, ta céleste beauté
Me fit goûter la mort, la mort et la ruine
Pour de nouveau venir à l'immortalité.
A longs filets de sang ce lamentable corps
A longs filets de sang ce lamentable corps
Tire du lieu qu'il fuit le lien de son âme,
Et séparé du coeur qu'il a laissé dehors,
Dedans les forts liens et aux mains de...
Accourez au secours de ma mort violente
Accourez au secours de ma mort violente,
Amants, nochers experts en la peine où je suis,
Vous qui avez suivi la route que je suis
Et d'amour éprouvé les flots et la...
Au temps que la feille blesme
Au temps que la feille blesme
Pourrist languissante à bas,
J'allois esgarant mes pas
Pensif, honteux de moy mesme,
Pressant du pois de mon chef
Mon menton...
Au tribunal d'amour, après mon dernier jour
Au tribunal d'amour, après mon dernier jour,
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Il sera exposé, on verra ses blessures,
Pour connaître qui fit un si étrange...
Auprès de ce beau teint, le lys en noir se change
Auprès de ce beau teint, le lys en noir se change,
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Bien que la guerre soit âpre, fière et cruelle
Bien que la guerre soit âpre, fière et cruelle
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Ce doux hiver qui égale ses jours
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Complainte à sa dame
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Contre la présence réelle
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Précédentes poésies
L'on verra s'arrêter le mobile du monde
L'on verra s'arrêter le mobile du monde,
Les étoiles marcher parmi le firmament,
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Sonnet à mon ami R...
J'avais toujours rêvé le bonheur en ménage,
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Sonnet
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Et celle qui l'a fait n'en a jamais...
Ospitalita
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Des chagrins de l'exil abreuvé goutte à goutte,
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La villégiature
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