Je la revois, après vingt ans, l'île où Décembre
Je la revois, après vingt ans, l'île où Décembre
Me jeta, pâle naufragé.
La voilà ! c'est bien elle. Elle est comme une chambre
Où rien encor n'est dérangé.
Oui, c'était bien ainsi qu'elle était ; il me semble
Qu'elle rit, et que j'aperçois
Le même oiseau qui fuit, la même fleur qui tremble,
La même aurore dans les bois ;
Il me semble revoir, comme au fond d'un mirage,
Les champs, les vergers, les fruits mûrs,
Et dans le firmament profond le même orage,
Et la même herbe au pied des murs,
Et le même toit blanc qui m'attend et qui m'aime,
Et, par delà le flot grondeur,
La même vision d'un éden, dans la même
Éblouissante profondeur.
Oui, je la reconnais cette grève enchantée,
Comme alors elle m'apparut,
Rive heureuse où l'on cherche Acis et Galatée,
Où l'on trouve Booz et Ruth ;
Car il n'est pas de plage, ou de montagne, ou d'île,
Parmi les abîmes amers,
Mieux faite pour cacher les roses de l'idylle
Sous la tragique horreur des mers.
Ciel ! océan ! c'était cette même nature,
Gouffre de silence et de bruit,
Ayant on ne sait quelle insondable ouverture
Sur la lumière et sur la nuit.
Oui, c'étaient ces hameaux, oui, c'étaient ces rivages ;
C'était le même aspect mouvant,
La même âcre senteur de bruyères sauvages,
Les mêmes tumultes du vent ;
C'était la même vague arrachant aux décombres
Les mêmes dentelles d'argent ;
C'étaient les mêmes blocs jetant les mêmes ombres
Au même éternel flot changeant ;
C'étaient les mêmes caps que l'onde ignore et ronge,
Car l'âpre mer, pleine de deuils,
Ne s'inquiète pas, dans son effrayant songe,
De la figure des écueils ;
C'était la même fuite immense des nuées ;
Sur ces monts, où Dieu vient tonner,
Les mêmes cimes d'arbre, en foule remuées,
N'ont pas fini de frissonner ;
C'était le même souffle ondoyant dans les seigles ;
Je crois revoir sur l'humble pré
Les mêmes papillons, avec les mêmes aigles
Sur l'océan démesuré ;
C'était le même flux couvrant l'île d'écume,
Comme un cheval blanchit le mors ;
C'était le même azur, c'était la même brume.
Et combien vivaient, qui sont morts !
8 août 1872, en arrivant à Jersey.
D'autres poésies de Victor HUGO
1er janvier
Enfant, on vous dira plus tard que le grand-père
Vous adorait ; qu'il fit de son mieux sur la terre,
Qu'il eut fort peu de joie et beaucoup d'envieux,
Qu'au temps où...
A André Chénier
Oui, mon vers croit pouvoir, sans se mésallier,
Prendre à la prose un peu de son air familier.
André, c'est vrai, je ris quelquefois sur la lyre.
Voici pourquoi....
A celle qui est restée en France
I
Mets-toi sur ton séant, lève tes yeux, dérange
Ce drap glacé qui fait des plis sur ton front d'ange,
Ouvre tes mains, et prends ce livre : il est à toi.
A celle qui est voilée
Tu me parles du fond d'un rêve
Comme une âme parle aux vivants.
Comme l'écume de la grève,
Ta robe flotte dans les vents.
Je suis l'algue des flots sans...
A ceux qu'on foule aux pieds
(extrait)
...Ce n'est pas le canon du noir vendémiaire,
Ni les boulets de juin, ni les bombes de mai,
Qui font la haine éteinte et l'ulcère fermé.
Moi,...
A ceux qui sont petits
Est-ce ma faute à moi si vous n'êtes pas grands ?
Vous aimez les hiboux, les fouines, les tyrans,
Le mistral, le simoun, l'écueil, la lune rousse ;
Vous êtes...
A des âmes envolées
Ces âmes que tu rappelles,
Mon coeur, ne reviennent pas.
Pourquoi donc s'obstinent-elles,
Hélas ! à rester là-bas ?
Dans les sphères éclatantes,
Dans...
A des oiseaux envolés
Enfants ! - Oh ! revenez ! Tout à l'heure, imprudent,
Je vous ai de ma chambre exilés en grondant,
Rauque et tout hérissé de paroles moroses.
Et qu'aviez-vous donc...
A dona Rosita Rosa
I
Ce petit bonhomme bleu
Qu'un souffle apporte et remporte,
Qui, dès que tu dors un peu,
Gratte de l'ongle à ta porte,
C'est mon rêve. Plein...
A Granville, en 1836
Voici juin. Le moineau raille
Dans les champs les amoureux ;
Le rossignol de muraille
Chante dans son nid pierreux.
Les herbes et les branchages,
Précédentes poésies
N'avez-vous pas vu, drapée en chlamyde
N'avez-vous pas vu, drapée en chlamyde,
Une jeune femme aux cheveux ondés,
Qui prend dans le ciel son regard humide,
Car elle a les yeux d'azur inondés ?
Je retrouve là-bas le taureau qui rumine
Je retrouve là-bas le taureau qui rumine
Dans le pré de Potter, à l'ombre du moulin ;
- La blonde paysanne allant cueillir le lin,
Vers le gué de Berghem, les pieds...
Le soc et l'épée
Autrefois le soc et l'épée
Se rencontrèrent dans les champs ;
De sa noblesse, elle, tout occupée,
Ne semblait pas apercevoir les gens.
Le soc donne un salut, sans...
Stances chrétiennes
Superbes qui pensez, en dédaignant la mort,
Trouver dessus la terre une éternelle base,
Pour y fonder un bien non tributaire au sort,
La vie est un soupir, et la...
Sonnets spirituels (IX)
Ceux qui nagent à gré, au courant des délices
De ce monde orageux, inconstant et mouvant,
Se gavent de ceux-ci, qu'un impétueux vent
Pousse au seuil des rochers,...

