La méridienne du lion
Le lion dort, seul sous sa voûte.
Il dort de ce puissant sommeil
De la sieste, auquel s'ajoute,
Comme un poids sombre, le soleil.
Les déserts, qui de loin écoutent,
Respirent ; le maître est rentré.
Car les solitudes redoutent
Ce promeneur démesuré.
Son souffle soulève son ventre ;
Son oeil de brume est submergé,
Il dort sur le pavé de l'antre,
Formidablement allongé.
La paix est sur son grand visage,
Et l'oubli même, car il dort.
Il a l'altier sourcil du sage
Et l'ongle tranquille du fort.
Midi sèche l'eau des citernes ;
Rien du sommeil ne le distrait ;
Sa gueule ressemble aux cavernes,
Et sa crinière à la forêt.
Il entrevoit des monts difformes,
Des Ossas et des Pélions,
A travers les songes énormes
Que peuvent faire les lions.
Tout se tait sur la roche plate
Où ses pas tout à l'heure erraient.
S'il remuait sa grosse patte,
Que de mouches s'envoleraient !
D'autres poésies de Victor HUGO
1er janvier
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Qu'il eut fort peu de joie et beaucoup d'envieux,
Qu'au temps où...
A André Chénier
Oui, mon vers croit pouvoir, sans se mésallier,
Prendre à la prose un peu de son air familier.
André, c'est vrai, je ris quelquefois sur la lyre.
Voici pourquoi....
A celle qui est restée en France
I
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Ouvre tes mains, et prends ce livre : il est à toi.
A celle qui est voilée
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A ceux qu'on foule aux pieds
(extrait)
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A dona Rosita Rosa
I
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A Granville, en 1836
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Précédentes poésies
N'avez-vous pas vu, drapée en chlamyde
N'avez-vous pas vu, drapée en chlamyde,
Une jeune femme aux cheveux ondés,
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Je retrouve là-bas le taureau qui rumine
Dans le pré de Potter, à l'ombre du moulin ;
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Le soc et l'épée
Autrefois le soc et l'épée
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Stances chrétiennes
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Sonnets spirituels (IX)
Ceux qui nagent à gré, au courant des délices
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