Nous

Nous sommes les proscrits ; nous habitons l'abîme ;
Nous assistons dans l'ombre au vil bonheur d'un crime ;
Nous regardons l'esprit vaincu par l'animal,
Et l'infâme baiser de la fortune au mal ;
Nous voyons des heureux qui sont des misérables ;
Nous parlons entre nous des choses vénérables,
De la liberté morte et du peuple trahi ;
Nous sommes les éclairs du char d'Adonaï ;
Nous jetons des lueurs sur les foules fécondes ;
Notre clarté noyée apparaît sur les ondes,
Disparaît, puis revient, et surnage toujours ;
Un sombre amour remplace en nous tous les amours ;
Nous adorons la France et vivons dans les bagnes.
Ne nous demandez pas d'ébranler les montagnes
Ou de saisir au vol ces noirs alérions,
Le tonnerre, le bruit, le vent, nous l'essaierions !
Nous raillons le forfait qui prétend nous absoudre ;
Nous attendons, avec un grondement de foudre,
Graves, roulant en nous l'anathème rêveur,
Que le droit soit la loi, que Dieu rentre en faveur,
Et que le genre humain ait des moments lucides ;
Nous secouons sur ceux qui sont les parricides
Le noir trousseau de clefs de l'enfer entr'ouvert ;
Pas plus que le sapin ne cesse d'être vert,
Pas plus que le soleil ne renonce au solstice,
Nous n'oublions l'honneur, le droit et la justice ;
En présence du mal que les despotes font
Nous prenons à témoin le firmament profond ;
Nous écrivons avec une plume de bronze ;
Philippe deux, Sylla, Tibère, Louis onze,
Sont là sous notre oeil fixe, et tremblent ; les saisons
Passent, que nous importe ! indignés, nous laissons
S'envoler dans les vents des pages redoutées ;
Si l'empereur est dieu nous sommes des athées ;
A de certains moments, voyant Satan debout,
Nous nous exaspérons au point de nier tout,
Et l'indignation de nos coeurs se hérisse
jusqu'à mordre parfois notre âme, sa nourrice ;
Mais Dieu permet la plainte au juste qui le sert ;
L'été, quelle que soit l'âpreté du désert,
Nous rêvons, écoutant le chant de la cigale ;
Nous avons des petits ; notre table frugale
Est offerte à quiconque arrive et dit : J'ai faim.
Nous contemplons le ciel, nous attendons la fin ;
Nous murmurons : Viens, toi, Némésis, qui délivres !
Nous écrivons au bord des mers d'austères livres,
Et ce que nous disons, faisons et publions
Ressemble à la colère énorme des lions.

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Traduction(s) Nous (english page)

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1er janvier

Enfant, on vous dira plus tard que le grand-père
Vous adorait ; qu'il fit de son mieux sur la terre,
Qu'il eut fort peu de joie et beaucoup d'envieux,
Qu'au temps où...

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mots clefs :

A André Chénier

Oui, mon vers croit pouvoir, sans se mésallier,
Prendre à la prose un peu de son air familier.
André, c'est vrai, je ris quelquefois sur la lyre.
Voici pourquoi....

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mots clefs :   fange  coeur  fond  toujours  andre  passe  tombe  femme  sourire 

A celle qui est restée en France

I

Mets-toi sur ton séant, lève tes yeux, dérange
Ce drap glacé qui fait des plis sur ton front d'ange,
Ouvre tes mains, et prends ce livre : il est à toi.

lire la suite de la poésie : A celle qui est restée en France
mots clefs :

A celle qui est voilée

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Comme l'écume de la grève,
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mots clefs :   vent  haine  parmi  teinte  doux  vain  mains  canon  froid 

A ceux qu'on foule aux pieds

(extrait)

...Ce n'est pas le canon du noir vendémiaire,
Ni les boulets de juin, ni les bombes de mai,
Qui font la haine éteinte et l'ulcère fermé.
Moi,...

lire la suite de la poésie : A ceux qu'on foule aux pieds
mots clefs : bleu  morose  coeur  glisse  doux  petit  clos  point  seuil  pauvre 

A ceux qui sont petits

Est-ce ma faute à moi si vous n'êtes pas grands ?
Vous aimez les hiboux, les fouines, les tyrans,
Le mistral, le simoun, l'écueil, la lune rousse ;
Vous êtes...

lire la suite de la poésie : A ceux qui sont petits
mots clefs :

A des âmes envolées

Ces âmes que tu rappelles,
Mon coeur, ne reviennent pas.
Pourquoi donc s'obstinent-elles,
Hélas ! à rester là-bas ?

Dans les sphères éclatantes,
Dans...

lire la suite de la poésie : A des âmes envolées
mots clefs : bleu  morose  coeur  glisse  doux  petit  clos  air  point  seuil 

A des oiseaux envolés

Enfants ! - Oh ! revenez ! Tout à l'heure, imprudent,
Je vous ai de ma chambre exilés en grondant,
Rauque et tout hérissé de paroles moroses.
Et qu'aviez-vous donc...

lire la suite de la poésie : A des oiseaux envolés
mots clefs :

A dona Rosita Rosa

I

Ce petit bonhomme bleu
Qu'un souffle apporte et remporte,
Qui, dès que tu dors un peu,
Gratte de l'ongle à ta porte,

C'est mon rêve. Plein...

lire la suite de la poésie : A dona Rosita Rosa
mots clefs : terni  peine  coeur  fond  boire  toujours  tombe  remue  distraite  tournant 

A Granville, en 1836

Voici juin. Le moineau raille
Dans les champs les amoureux ;
Le rossignol de muraille
Chante dans son nid pierreux.

Les herbes et les branchages,

lire la suite de la poésie : A Granville, en 1836
mots clefs :

Précédentes poésies

N'avez-vous pas vu, drapée en chlamyde

N'avez-vous pas vu, drapée en chlamyde,
Une jeune femme aux cheveux ondés,
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lire la suite de la poésie : N'avez-vous pas vu, drapée en chlamyde
mots clefs : bleu  vent  autour  en    seul  fond  rire  ris  profond 

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Je retrouve là-bas le taureau qui rumine
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Le soc et l'épée

Autrefois le soc et l'épée
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mots clefs : soc  houdar  ciel  mains  camail  ardent  et  fleur  clair  rien 

Stances chrétiennes

Superbes qui pensez, en dédaignant la mort,
Trouver dessus la terre une éternelle base,
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mots clefs : vent  ciel  oreiller  pays  rouge  vaisseau  brouillard  toujours  jeune  avide 

Sonnets spirituels (IX)

Ceux qui nagent à gré, au courant des délices
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