Satan pardonné
(IV)
Cent fois, cent fois, cent fois, j'en répète l'aveu,
J'aime ! Et Dieu mes torture, et voici mon blasphème,
Voici ma frénésie et mon hurlement : j'aime !
J'aime, à faire trembler les cieux ! - Quoi ! c'est en vain !
Oh ! c'est là l'inouï, l'horrible, le divin,
De se dresser, d'ouvrir des ailes insensées,
De s'attacher, sanglant, à toutes les pensées
Qu'on peut saisir, avec des cris, avec des pleurs,
De sonder les terreurs, de sonder les douleurs,
Toutes, celles qu'on souffre et celles qu'on invente,
De parcourir le cercle entier de l'épouvante,
Pour retomber toujours au même désespoir !
Dieu veut que l'homme las s'endorme, il fait le soir ;
Il creuse pour la taupe une chambre sous terre ;
Il donne au singe, à l'ours, au lynx, à la panthère,
L'âpre hospitalité des antres et des monts ;
Aux baleines les mers, aux crapauds les limons,
Les roseaux aux serpents secouant leurs sonnettes ;
Il fait tourner autour des soleils les planètes
Et dans la blanche main des vierges les fuseaux ;
Il entre dans les nids, touche aux petits oiseaux,
Et dit : La bise vient, j'épaissirai leurs plumes ;
Il laisse l'étincelle échapper aux enclumes,
Et lui permet de fuir, joyeuse, les marteaux ;
Il montre son grand ciel aux lions de l'Athos ;
Il étale dans l'aube, ainsi que des corbeilles,
Sous des flots de rayons, les printemps pleins d'abeilles ;
Sa grandeur pour le monde en bonté se résout.
Une vaste lueur ardente embrase tout,
De l'archange à la brute et de l'astre à la pierre,
Croise en forêt de feu ses rameaux de lumière,
Va, vient, monte, descend, féconde, enflamme, emplit,
Combat l'hiver liant les fleuves dans leur lit,
Et lui fait lâcher prise, et rit dans toute chose,
Luit mollement derrière une feuille de rose,
Chauffe l'énormité sidérale des cieux,
Brille, et, de mon côté, prodige monstrueux,
Ce flamboiement se dresse en muraille de glace !
Oui, la création heureuse s'entrelace
Tout entière, clartés et brume, esprit et corps,
Dans le Dieu bon, avec d'ineffables accords ;
L'être le plus souillé retrouve l'innocence
Dans sa toute tendresse et sa toute puissance ;
Moi seul, moi le maudit, l'incurable apostat,
Je m'approche de Dieu sans autre résultat
Que de faire gronder vaguement le tonnerre !
Dieu veut que cet essaim d'atomes le vénère,
Il leur demande à tous leur coeur, leur chant, leur fruit,
Leur parfum, leur prière ; à moi rien, de la nuit.
Ô misère sans fond ! Écoutez ceci, sphères,
Étoiles, firmaments, ô vieux soleils, mes frères,
Vers qui monte en pleurant mon douloureux souhait,
Cieux, azurs, profondeurs, splendeurs, - l'amour me hait ! -
DIEU PARLE DANS L'INFINI :
- Non, je ne te hais point !................................
D'autres poésies de Victor HUGO
1er janvier
Enfant, on vous dira plus tard que le grand-père
Vous adorait ; qu'il fit de son mieux sur la terre,
Qu'il eut fort peu de joie et beaucoup d'envieux,
Qu'au temps où...
A André Chénier
Oui, mon vers croit pouvoir, sans se mésallier,
Prendre à la prose un peu de son air familier.
André, c'est vrai, je ris quelquefois sur la lyre.
Voici pourquoi....
A celle qui est restée en France
I
Mets-toi sur ton séant, lève tes yeux, dérange
Ce drap glacé qui fait des plis sur ton front d'ange,
Ouvre tes mains, et prends ce livre : il est à toi.
A celle qui est voilée
Tu me parles du fond d'un rêve
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Comme l'écume de la grève,
Ta robe flotte dans les vents.
Je suis l'algue des flots sans...
A ceux qu'on foule aux pieds
(extrait)
...Ce n'est pas le canon du noir vendémiaire,
Ni les boulets de juin, ni les bombes de mai,
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Moi,...
A ceux qui sont petits
Est-ce ma faute à moi si vous n'êtes pas grands ?
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A des âmes envolées
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Pourquoi donc s'obstinent-elles,
Hélas ! à rester là-bas ?
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Dans...
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Enfants ! - Oh ! revenez ! Tout à l'heure, imprudent,
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A dona Rosita Rosa
I
Ce petit bonhomme bleu
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Gratte de l'ongle à ta porte,
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A Granville, en 1836
Voici juin. Le moineau raille
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Les herbes et les branchages,
Précédentes poésies
N'avez-vous pas vu, drapée en chlamyde
N'avez-vous pas vu, drapée en chlamyde,
Une jeune femme aux cheveux ondés,
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Car elle a les yeux d'azur inondés ?
Je retrouve là-bas le taureau qui rumine
Je retrouve là-bas le taureau qui rumine
Dans le pré de Potter, à l'ombre du moulin ;
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Le soc et l'épée
Autrefois le soc et l'épée
Se rencontrèrent dans les champs ;
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Stances chrétiennes
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Sonnets spirituels (IX)
Ceux qui nagent à gré, au courant des délices
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