Le poème du jour : Effroyables deserts, pleins d'ombre, et de silence
Effroyables deserts, pleins d'ombre, et de silence,
Où la peur, et l'hyver, sont éternellement ;
Rochers affreux, et nus, où l'on voit seulement
Le tonnerre, et les...
Poésies contenant le mot « autour »
Ivresse
Elle me tient penché sur les gouffres. Mais je chasse ses invitations au suicide. En ma tristesse persiste encore le goût de la vie. Sous une couronne de pensées désespérantes, la volonté sait encore me lier à la conscience, me jeter à la contemplation de moi-même. Je vis!
La vieillesse des hommes
Ils sont vieux de milliers de siècles; ce n'est pas l'aurore d'hier qui les a vus naître. Ils portent le fardeau des siècles, les crimes, les fautes, les erreurs de tous ceux qui tracèrent sur le sol des sillons remplis de boue, de sang et de larmes.
La nuit me regarde
La nuit me regarde. Elle sait que je suis attentif à cette douleur qui est aussi celle qui a traversé, à certaines heures, les hommes grouillant dans la fourmilière terrestre.
La nuit me comble d'un silence qui, m'enveloppant de ses voiles, semble de la piété répandue autour de moi. Elle connaît mes désirs et les accueille avec des fraternités muettes.
L'homme dans le champ de carnage
À la mémoire d'Adolphe Olivier
Ce champ, c'est nous-mêmes!
Théâtre en chair et en os; réalité soumise à la joie, à l'enthousiasme et à la dépression; substance qu'habitent à la fois le plaisir, la douleur, la vérité et le mensonge; oeuvre vivante qui n'est jamais terminée et se poursuit sous l'inspiration de génies contraires. Tout cela, véracités de l'esprit, possibilités du coeur, et ce que peuvent engendrer - au sens de l'éternel - des vitalités méconnues ou méprisées; tout cela se lève, produit un reflux d'émois et de concepts qui s'affaissent, aussitôt dressés dans la lumière.
Jeanne Nouguier
La montagne semble dormir roulée dans le soleil. Vos yeux errent sur ce paysage familier. Il est aussi essentiel à votre âme que la rose au jardin se balançant sur sa tige. Ce paysage est à vous; nul autre ne le peut remplacer. Il a son histoire, ses bouquets d'ombre et de silence, sa griserie et sa plainte éternelle.
Paradis
Ton nom
Ton nom, je le murmure en moi-même, comme si c'était une prière.
Il n'a pas traversé les mers; il ne s'est gravé sur aucun tableau.
Il est simple, doux, riche de syllabes liquides et mielleuses.
Quelque part, une ville...
Le soleil dans un azur qui semble déborder comme d'un vase trop plein.
Des causses qui pleurent de toutes leurs déchirures: pelage de lions déchiquetés dont la carcasse escalade l'infini.
Lent éventail, le silence aère le visage des hommes, celui de ces passants d'un jour à la recherche des mers mortes.
Les théatres d'enfants
Bonsoir, chère Évohé. Comment vous portez-vous ?
Vous arrivez bien tard ! Comme vos yeux sont doux
Ce soir ! deux lacs du ciel ! et la robe est divine.
Quel écrin !...
Invocation à la lune
Ainsi qu'une jeune beauté
Silencieuse et solitaire,
Des flancs du nuage argenté
La lune sort avec mystère.
Fille aimable du ciel, à pas lents et sans bruit,...
Le spleen
" C'est moi ; - moi qui, du fond des siècles et des âges,
Fis blanchir le sourcil et la barbe des sages ;
La terre à peine ouverte au soleil souriant,
C'est moi qui,...
A une passante
La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et...
Brumes et pluies
Ô fins d'automne, hivers, printemps trempés de boue,
Endormeuses saisons ! je vous aime et vous loue
D'envelopper ainsi mon coeur et mon cerveau
D'un linceul vaporeux...
Causerie
Vous êtes un beau ciel d'automne, clair et rose !
Mais la tristesse en moi monte comme la mer,
Et laisse, en refluant sur ma lèvre morose
Le souvenir cuisant de son...
La destruction
Sans cesse à mes côtés s'agite le Démon ;
Il nage autour de moi comme un air impalpable ;
Je l'avale et le sens qui brûle mon poumon
Et l'emplit d'un désir éternel et...
La rançon
L'homme a, pour payer sa rançon,
Deux champs au tuf profond et riche,
Qu'il faut qu'il remue et défriche
Avec le fer de la raison ;
Pour obtenir la moindre...
Sed non satiata
Bizarre déité, brune comme les nuits,
Au parfum mélangé de musc et de havane,
Oeuvre de quelque obi, le Faust de la savane,
Sorcière au flanc d'ébène, enfant des...
La branche d'alisier chantant
Je l'ai tout à fait désapprise
La berceuse au rythme flottant,
Qu'effeuille, par les soirs de brise,
La branche d'alisier chantant.
Du rameau qu'un...
La maison vide
Petite maison basse, au grand chapeau pointu,
Qui, d'hiver en hiver, semble s'être enfoncée
Dans la terre sans fleurs, autour d'elle amassée.
Petite maison grise, au...
Ô regards ensouffrés, yeux de lynx homicides
Ô regards ensouffrés, yeux de lynx homicides,
Qui tirez vos amis, leur brûlant âme et coeurs,
Qui êtes de nos jours trop aisément vainqueurs,
Des hautains demi-dieux...
La brume
Le Saint-Laurent, mordu par les souffles d'automne,
S'exaspère. Partout sur le fleuve dément
L'âme des bois brûlés flotte languissamment.
Affolé, mon canot plonge...
Le blé despotique
I
Sur l'immensité noire une lumière brille
Et se dirige à la rencontre du steamer
Qui stoppe avec des bruits de vapeur et de fer.
Dans la nuit un sifflet...
Maison abandonnée
Audacieusement sise à cette hauteur,
Cette maison proprette et d'une vigne ornée
Est au milieu d'un tel déploiement de splendeur
Que l'on devrait, il semble, y...
La pierre aqueuse
C'était une belle brune
Filant au clair de la lune,
Qui laissa choir son fuseau
Sur le bord d'une fontaine,
Mais courant après sa laine
Plongea la tête...
Harlem
Harlem, cette admirable bambochade qui résume l'école
flamande, Harlem peint par Jean-Breughel, Peeter-Neef,
David-Téniers et Paul Rembrandt.
Et le canal où...
Ce n'est pas le vent seul...
Ce n'est pas le vent seul, quand montent les marées,
Qui se lamente ainsi dans les goémons verts,
C'est l'éternel sanglot des races éplorées !
C'est la plainte de...
Les soupirs d'une âme exilée
Sur ces paroles de saint Paul : Cupio dissolvi et esse cum Christo
Je vis, mais c'est hors de moi-même ;
Je vis, mais c'est sans vivre en moi ;
Je vis dans...
Fantaisie triste
I' bruinait... L'temps était gris,
On n'voyait pus l'ciel... L'atmosphère,
Semblant suer au d'ssus d'Paris,
Tombait en bué' su' la terre.
I' soufflait...
Au chevalier de Pange
Quand la feuille en festons a couronné les bois,
L'amoureux rossignol n'étouffe point sa voix.
Il serait criminel aux yeux de la nature,
Si, de ses dons heureux...
Euphrosyne
Ah ! ce n'est point à moi qu'on s'occupe de plaire.
Ma soeur plus tôt que moi dut le jour à ma mère.
Si quelques beaux bergers apportent une fleur,
Je sais qu'en me...
Morceau à quatre mains
Le salon s'ouvre sur le parc
Où les grands arbres, d'un vert sombre,
Unissent leurs rameaux en arc
Sur les gazons qu'ils baignent d'ombre.
Si je me...
Souvenir du Danemark
A la princesse D.....
C'est un parc scandinave, aux sapins toujours verts,
Où le vent automnal courbe les fleurs d'hivers
Dans les vases de marbre ancien sur la...
Le coin du feu
Suis-je seul ? je me plais encore au coin du feu.
De nourrir mon brasier mes mains se font un jeu ;
J'agace mes tisons ; mon adroit artifice
Reconstruit de mon feu le...
Ô Versaille !
... Ô Versaille ! ô regrets ! ô bosquets ravissans,
Chefs-d'oeuvre d'un grand roi, de Le Nôtre et des ans !
La hache est à vos pieds et votre heure est venue.
Ces...
Dors-tu ?
Et toi ! dors-tu quand la nuit est si belle,
Quand l'eau me cherche et me fuit comme toi ;
Quand je te donne un coeur longtemps rebelle ?
Dors-tu, ma vie ! ou rêves-tu...
Le premier amour
Vous souvient-il de cette jeune amie,
Au regard tendre, au maintien sage et doux ?
À peine, hélas ! Au printemps de sa vie,
Son coeur sentit qu'il était fait pour...
Un moment
Un moment suffira pour payer une année ;
Le regret plus longtemps ne peut nourrir mon sort.
Quoi ! L'amour n'a-t-il pas une heure fortunée
Pour celle dont, peut-être,...
Une ruelle de Flandre
À Madame Desloges, née Leurs
Dans l'enclos d'un jardin gardé par l'innocence
J'ai vu naître vos fleurs avant votre naissance,
Beau jardin, si rempli d'oeillets...
De la Charité
Que les jours sont charmants, quand les volantes nues
Étendent sur nos chefs leurs ombres continues,
Et cachant du soleil la trop grande splendeur,
Tempèrent sa...
Détresse
Seigneur ! je suis sans pain, sans rêve et sans demeure.
Les hommes m'ont chassé parce que je suis nu,
Et ces frères en vous ne m'ont pas reconnu
Parce que je suis...
Les cygnes
Sous des massifs touffus, au fond désert du parc,
La colonnade antique arrondissant son arc,
Dans une eau sombre encore à moitié se profile ;
Et la fleur que le pampre...
Et je pensais aussi ce que pensait Ulysse
Et je pensais aussi ce que pensait Ulysse,
Qu'il n'était rien plus doux que voir encore un jour
Fumer sa cherninée, et après long séjour
Se retrouver au sein de sa...
J'ai passé maintes nuits à me plaire en ces larmes
J'ai passé maintes nuits à me plaire en ces larmes,
Ne trouvant rien plus doux ni plus délicieux,
Pendant qu'Amour faisait la garde avec ses armes,
De peur que le...
Le consul anglais
Le consul anglais
Y met son drapeau,
Le consul anglais
Le jour de la Reine,
De gais matelots
Leur couteau au dos,
Y passent farauds
Toute la...
Paroisse du vent ...
Paroisse du vent
Et rue de la mer,
Dans le matin clair
D'embruns délavée,
Dévote, marchande,
Trafiquante et gaie
Blanche de servantes
Dès le...
Ma libellule
En te voyant toute mignonne,
Blanche dans ta robe d'azur,
Je pensais à quelque madone
Drapée en un pan de ciel pur ;
Je songeais à ces belles saintes
Un en deux
Moi,
C'est toi ;
Nous, c'est toi-moi ;
NOUS DEUX c'est UNE fois ;
Coeurs-de-nous, c'est, Dieu-Ciel en soi ;
Si un jour, SEULE et SEUL... Enfer d'effroi...
Le captif
Il est, non loin des tièdes syrtes
Où bleuit la mer en repos,
Un bois d'orangers et de myrtes
Dont n'approchent point les troupeaux.
Là, sous l'ombre...
Les arbres
Ô vous qui, dans la paix et la grâce fleuris,
Animez et les champs et vos forêts natales,
Enfants silencieux des races végétales,
Beaux arbres, de rosée et de soleil...
Théra
Cette outre en peau de chèvre, ô buveur, est gonflée
De l'esprit éloquent des vignes que Théra,
Se tordant sur les flots, noire, déchevelée
Étendit au puissant...
A deux beaux yeux
Vous avez un regard singulier et charmant ;
Comme la lune au fond du lac qui la reflète,
Votre prunelle, où brille une humide paillette,
Au coin de vos doux yeux...
A une robe rose
Que tu me plais dans cette robe
Qui te déshabille si bien,
Faisant jaillir ta gorge en globe,
Montrant tout nu ton bras païen !
Frêle comme une aile...
Au bord de la mer
La lune de ses mains distraites
A laissé choir, du haut de l'air,
Son grand éventail à paillettes
Sur le bleu tapis de la mer.
Pour le ravoir elle se...
In deserto
Les pitons des sierras, les dunes du désert,
Où ne pousse jamais un seul brin d'herbe vert ;
Les monts aux flancs zébrés de tuf, d'ocre et de marne,
Et que...
La ville au loin...
La Ville au loin monte des voeux immolateurs...
Par les vitres en haut, la Ville, - aux Yeux - à perte
Du sang pauvre qui heurte aux roideurs de l'aorte !
Monte...
Nuit aux terrasses
Ah ! sur les terrasses en prenant nos épaules
longtemps, parmi la nuit d'étoiles à meurtrir
notre gloire, passons ! Mes Yeux pleurent les mondes
qu'ils n'ont point...
Le poète malheureux
(extrait)
Vous que l'on vit toujours chéris de la fortune,
De succès en succès promener vos désirs,
Un moment, vains mortels, suspendez vos plaisirs :
Circé
... Mais je prendrais mon cour meurtri, mon coeur qui saigne
Et je l'enfilerais, pareil à ceux qu'on voit
Galamment transpercés et peints sur une enseigne,
Avec ces...
Ah ! ce bruit affreux de la vie !
Ah ! ce bruit affreux de la vie !
Et que dormir serait meilleur
Dans la terre où le caillou crie
Sous la bêche du fossoyeur !
Le soleil a toute ma haine ;...
Avant que mon désir douloureux soit comblé
Avant que mon désir douloureux soit comblé
D'un amour qui l'apaise enfin ou dont je meure,
Entendrai-je souvent encor la mer du blé
Bruire aux alentours de ma chère...
Parfois, sur les confins du sommeil qui s'achève
Parfois, sur les confins du sommeil qui s'achève,
A l'heure où l'âme est triste et flotte au bas du rêve,
Un souvenir d'amour nous étreint à la gorge,
Vivant et si...
Le variable discours de la vie humaine (fragment)
Ô coeur mondain, humaine pensée
Trop aveuglée, encor plus insensée,
Sur un appui de petite assurance
Et fort fragile a mis ton espérance ;
Tu n'aperçois qu'un...
Le samouraï
D'un doigt distrait frôlant la sonore bîva,
A travers les bambous tressés en fine latte,
Elle a vu, par la plage éblouissante et plate,
S'avancer le vainqueur que...
Mer montante
Le soleil semble un phare à feux fixes et blancs.
Du Raz jusqu'à Penmarc'h la côte entière fume,
Et seuls, contre le vent qui rebrousse leur plume,
A travers la...
N'avez-vous pas vu, drapée en chlamyde
N'avez-vous pas vu, drapée en chlamyde,
Une jeune femme aux cheveux ondés,
Qui prend dans le ciel son regard humide,
Car elle a les yeux d'azur inondés ?
A Virgile
Ô Virgile ! ô poète ! ô mon maître divin !
Viens, quittons cette ville au cri sinistre et vain,
Qui, géante, et jamais ne fermant la paupière,
Presse un flot écumant...
Chanson (Proscrit, regarde les roses...)
Proscrit, regarde les roses ;
Mai joyeux, de l'aube en pleurs
Les reçoit toutes écloses ;
Proscrit, regarde les fleurs.
- Je pense
Aux roses que je...
Je travaille
Amis, je me remets à travailler ; j'ai pris
Du papier sur ma table, une plume, et j'écris ;
J'écris des vers, j'écris de la prose ; je songe.
Je fais ce que je puis...
L'enfance
L'enfant chantait; la mère au lit, exténuée,
Agonisait, beau front dans l'ombre se penchant ;
La mort au-dessus d'elle errait dans la nuée ;
Et j'écoutais ce râle, et...
La méridienne du lion
Le lion dort, seul sous sa voûte.
Il dort de ce puissant sommeil
De la sieste, auquel s'ajoute,
Comme un poids sombre, le soleil.
Les déserts, qui de loin...
Le poème éploré se lamente
Le poème éploré se lamente ; le drame
Souffre, et par vingt acteurs répand à flots son âme ;
Et la foule accoudée un moment s'attendrie,
Puis reprend : «Bah !...
Les enfants pauvres
Prenez garde à ce petit être ;
Il est bien grand, il contient Dieu.
Les enfants sont, avant de naître,
Des lumières dans le ciel bleu.
Dieu nous les offre...
Puisque j'ai mis ma lèvre à ta coupe encor pleine
Puisque j'ai mis ma lèvre à ta coupe encor pleine ;
Puisque j'ai dans tes mains posé mon front pâli ;
Puisque j'ai respiré parfois la douce haleine
De ton âme, parfum...
Satan dans la nuit - I
- Je l'aime ! Nuit, cachot sépulcral, mort vivante,
Ombre que mon sanglot ténébreux épouvante,
Solitudes du mal où fuit le grand puni,
Glaciers démesurés de l'hiver...
Trois ans après
Il est temps que je me repose ;
Je suis terrassé par le sort.
Ne me parlez pas d'autre chose
Que des ténèbres où l'on dort !
Que veut-on que je recommence...
Combien de fois mes vers ont-ils doré
Combien de fois mes vers ont-ils doré
Ces cheveux noirs dignes d'une Meduse ?
Combien de fois ce teint noir qui m'amuse,
Ay-je de lis et roses coloré ?

