Je pensais que mon coeur échappé du naufrage
Dût être maintenant un peu plus avisé,
Avec la brise en poupe et par un ciel serein,
Voyant le Phare fuir à travers la mâture,
Dédale criait à son fils,
Afin de lui donner courage
«Vole comme je t'ai appris,
Suis toujours la moyenne plage» ;
A la nue accablante tu
Basse de basalte et de laves
A même les échos esclaves
Par une trompe sans vertu
Mélancolique mer que je ne connais pas,
Tu vas m'envelopper dans ta brume légère
Sur ton sable mouillé je marquerai mes pas,
J'ai rêvé l'archipel parfumé, montagneux,
Perdu dans une mer inconnue et profonde
Où le naufrage nous a jetés tous les deux
J'ai longtemps voyagé, courant toujours fortune
Sur une mer de pleurs, à l'abandon des flots
Voix sans poumons, corps invisibles,
Lutins volants, char des oiseaux,
Vieux courriers, postillons nouveaux,
Baif, qui, comme moi, prouves l'adversité,
Il n'est pas toujours bon de combattre l'orage,
Celle que Pyrrhe et le Mars de Libye
N'ont su dompter, cette brave cité
Qui d'un courage au mal exercité