Le poème du jour : Effroyables deserts, pleins d'ombre, et de silence
Effroyables deserts, pleins d'ombre, et de silence,
Où la peur, et l'hyver, sont éternellement ;
Rochers affreux, et nus, où l'on voit seulement
Le tonnerre, et les...
Poésies contenant le mot « souverain »
La défaite du printemps
Sur des terres d'où s'est enfuie la joie d'aimer et de vivre, le soleil promène ses rayons: il marche tout le jour, environné de sa gloire et de prismes aveuglants; il est un dieu cruel qui se plaît aux sarcasmes terrestres. Cependant que la mort s'avive, se repaît de mille têtes, il se fascine, éternel Narcisse, dans je ne sais quelle fantasmagorie de rires et de miracles verdoyants. Il est la vie qui coopère à la dévastation, aux forces brutales, au destin. De sa bouche rayée de feu, quel hymne guttural s'élance! Ne dirait-on pas une mappemonde en délire, un symbole de l'anarchique cosmos, je ne sais quel dieu barbare, roi diurnal d'un temps meurtrier, qui s'accorde à la sauvagerie des hommes et leur répond à sa manière? Et les étoiles, qui ne savent pas mentir, elles, et la lune vêtue de mystères et de halos sont toutes tristes; elles frissonnent de l'exil du soleil dans une conception de fureur qui s'intitule la force. Le crime de la terre rejaillit jusqu'aux comètes; les correspondances s'établissent de toutes choses. Pour que l'iniquité ne soit pas à jamais consacrée, voilà que la faiblesse se fait amour afin de sauver la force qui s'égare. Les étoiles frémissent, protestent; la lune a mis son voile de mélancolie et, sur sa robe transparente, il semble qu'elle traîne tous les soupirs des âmes écrasées. Le printemps cache une multiple défaite! En vain les feuilles éclatent dans la joie de vivre! En vain le choeur aérien des harmonies du printemps chante en la sérénité du soir! Mai nous arrive sur des vagues de sang: la brise du matin si douce, douce comme caresse de mère, est grosse de sanglots.
Voici la mort du ciel...
Voici la mort du ciel en l'effort douloureux
Qui lui noircit la bouche et fait saigner les yeux.
Le ciel gémit d'ahan, tous ses nerfs se retirent,
Ses poumons près à...
Le nid
(extrait)
Arbres hospitaliers ! prêtez-leur vos ombrages ;
Sur eux avec amour penchez vos bras amis :
Non, par moi vos secrets ne seront point trahis.
Et...
Contre l'ingratitude des hommes
O ciel vouté qui la terre bien heures,
O feu sans poix agilement leger,
O air humide, o vent prompt messager,
O large mer qui la terre ceintures,
O terre...
A M. l'abbé Le Vayer
D'où vient, cher Le Vayer, que l'homme le moins sage
Croit toujours seul avoir la sagesse en partage,
Et qu'il n'est point de fou, qui, par belles raisons,
Ne loge son...
Triste vieillard...
(Saint-Lazare)
Triste vieillard, depuis que pour tes cheveux blancs
Il n'est plus de soutien de tes jours chancelants,
Que ton fils orphelin n'est plus à son...
Du renard et du singe
En un beau champ les bêtes s'assemblèrent
Afin d'élire et faire un nouveau roi ;
Aucuns d'entre eux le concile troublèrent,
Voulant n'avoir prince, juge, ni loi.
L'oiseau
Mais lors voici qu'un oiseau chante,
Dans une pauvre cage en bois,
Mais lors voici qu'un oiseau chante
Sur une ville et tous ses toits,
Et qu'il dit qu'on...
Au peuple
Il te ressemble ; il est terrible et pacifique.
Il est sous l'infini le niveau magnifique ;
Il a le mouvement, il a l'immensité.
Apaisé d'un rayon et d'un souffle...
Ô mes lettres d'amour, de vertu, de jeunesse
Ô mes lettres d'amour, de vertu, de jeunesse,
C'est donc vous ! Je m'enivre encore à votre ivresse ;
Je vous lis à genoux.
Souffrez que pour un jour je reprenne votre...
Un jour je vis, debout au bord des flots mouvants
Un jour je vis, debout au bord des flots mouvants,
Passer, gonflant ses voiles,
Un rapide navire enveloppé de vents,
De vagues et d'étoiles ;
Et j'entendis,...
Adieux au monde
J'aurai bientôt quatre-vingts ans :
Je crois qu'à cet âge il est temps
De dédaigner la vie.
Aussi je la perds sans regret,
Et je fais gaîment mon paquet ;
Le vent froid de la nuit
Le vent froid de la nuit souffle à travers les branches
Et casse par moments les rameaux desséchés ;
La neige, sur la plaine où les morts sont couchés,
Comme un...
Les elfes
Couronnés de thym et de marjolaine,
Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.
Du sentier des bois aux daims familier,
Sur un noir cheval, sort un chevalier.
Les leçons du miroir
Que cette glace est belle,
Qu'elle est nette et fidèle :
Elle exprime un visage, et ne le flatte point.
Mais je porte dans l'âme
Un cristal qui m'enflamme :
De constance
Sans varier moins que le polle articque
Doit la Dame estre et de cueur pacifique,
Porter en paix les grans hurtz de Fortune ;
Se bien luy vient ou malheur...
Ce fut en un soir où les chansons
Ce fut en un soir où les chansons
Des amants liés par leurs mains lasses
Mouraient, ô Dame pâle qui passes,
Au clair de la lune des moissons.
Long penchée...
Un grand voile obscurci parmi l'air s'étendait
Un grand voile obscurci parmi l'air s'étendait,
Qui rouant dans son sein une humeur détenue,
Semait deçà delà une grêle menue
Qui martelait la terre et tombant se...
Je meurs de soif en couste la fontaine
Je meurs de soif en couste la fontaine ;
Tremblant de froit ou feu des amoureux ;
Aveugle suis, et si les autres maine ;
Povre de sens, entre saichans l'un d'eulx...
Qu'il soit permis au folâtre poète...
Qu'il soit permis au folâtre poète,
En recordant son amour passager,
Mille discours fabuleux ménager,
Et se trompant que son heur il trompette,
De mes...
A Très Illustre Princesse Madame Marguerite soeur du Roy
Ce que ma Muse en vers a peu chanter
Ce qu'en François des autheurs a traduit
Et ce qu'ell'a d'elle mesme produit,
Elle vous vient maintenant presenter,
L'aurai-je exprimé, avant de m'en aller
L'aurai-je exprimé, avant de m'en aller,
ce coeur qui, tourmenté, consent à être ?
Étonnement sans fin, qui fus mon maître,
jusqu'à la fin t'aurai-je imité ?

