Ah ! ce bruit affreux de la vie !
Et que dormir serait meilleur
Dans la terre où le caillou crie
Sous la bêche du fossoyeur !
Ah ! Seigneur, Dieu des coeurs robustes, répondez !
Quel est ce temps de doute où l'homme joue aux dés
Avant que mon désir douloureux soit comblé
D'un amour qui l'apaise enfin ou dont je meure,
Ce coeur plaintif, ce coeur d'automne,
Qui veut l'aimer ?
Ma belle enfant, on vous le donne
Pour un baiser.
Ce soir après la pluie est doux ; soir de septembre
Si doux qu'on en voudrait pleurer, si plein d'abeilles
Ce soir je reprendrai mon chemin solitaire,
Dans les champs où la nuit traîne son manteau bleu
Ce soir, sur le chemin sonore du coteau,
Nous menons en rêvant notre amour qui frissonne
Aie une âme hautaine et sonore et subtile,
Tais-toi, mure ton seuil, car la lutte déprave ;
Je vais mourir, je vais bientôt mourir ; qu'on ouvre
La croisée et que j'aie un rayon de soleil
Encore un peu ta bouche en pleurs, encore un peu
Tes mains contre mon coeur et ta voix triste et basse ;
Entrerai-je, ce soir, Seigneur, dans ta maison,
Sans craindre que ma chair, vouée aux oeuvres viles,
Il fut le très subtil musicien des vents
Qui se plaignent en de nocturnes symphonies ;
Il nota le murmure des herbes jaunies
Que ton souffle renaisse, Eté des vieilles joies,
Et ramène l'espoir et son divin cortège,
Goûte, me dit le Soir de juin avec douceur,
Goûte ma reposante et secrète harmonie,
Et forme tendrement ton âme et ton génie
Il a plu. Soir de juin. Ecoute,
Par la fenêtre large ouverte,
Tomber le reste de l'averse
Il est si tard, il fait, cette nuit de novembre,
Si triste dans mon coeur et si froid dans la chambre
J'ai croisé sur la route où je vais dans la vie
La Mort qui cheminait avec la Volupté,
J'écris ; entre mon rêve et toi la lampe chante.
Nous écoutons, muets encor de volupté,
J'étais couché dans l'ombre au seuil de la forêt.
Un talus du chemin désert me séparait.
Je t'apporte, buisson de roses funéraires,
Ces vers, à toi déjà lointaine et presque morte,
Je te vois anxieuse et belle de pâleur ;
Le sang fiévreux afflue et palpite à tes tempes.
Je vais sur la pelouse humide de rosée,
D'un pas léger, les yeux riants, l'âme brisée
L'ambre, le seigle mûr, le miel plein de lumière
Dont le gâteau ressemble aux grottes de Fingal,
L'amour nous fait trembler comme un jeune feuillage,
Car chacun de nous deux a peur du même instant.
(villanelle)
La chanson de la Bien-Aimée,
Comme un trille d'oiseau siffleur,
Monte dans la nuit parfumée.
La maison dort au coeur de quelque vieille ville
Où des dames s'en vont, lasses de bonnes oeuvres,
La maison serait blanche et le jardin sonore
De bruits d'eaux vives et d'oiseaux,
Et le lierre du mur qui regarde l'aurore
La pensée est une eau sans cesse jaillissante.
Elle surgit d'un jet puissant du coeur des mots,
La voix du soir est sainte et forte,
Lourde de songe et de parfums,
Et son flot d'ombre me rapporte
Les chats trempent leur langue rose
Au bord des soucoupes de lait ;
Les yeux fixés sur le soufflet,
Les cloches dans leurs tours égrènent un rosaire
Mélancolique, par l'air d'une nuit d'été.
Le soir léger, avec sa brume claire et bleue,
Meurt comme un mot d'amour aux lèvres de l'été,
Ma douce enfant, ma pauvre enfant, sois forte et calme.
Pense à Dieu, pense à notre amour éternel. Lève
Ma fenêtre était large ouverte sur la nuit.
La maison reposant autour de moi sans bruit,
Venez ce soir, m'amie, à la vesprée ;
Pendant qu'au bourg on danse la bourrée,
Vous passerez par la porte du clos,
Ne mêle pas l'esprit aux choses de la chair.
Sache, aux moments secrets où le corps est en fête,
Ô jeunesse, fervent et clair foyer d'amour,
Tu fais au ciel l'aveu sonore de ta joie,
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Ô poète inquiet du monde, qui médites,
Opposant un front ferme aux grands souffles salés,
Parfois, sur les confins du sommeil qui s'achève,
A l'heure où l'âme est triste et flotte au bas du rêve,
Pour couronner la blonde enfant aux yeux d'azur,
De toutes la plus chaste ensemble et la plus belle,
Qu'on ouvre la fenêtre au large, qu'on la laisse
Large ouverte à l'air bleu qui vient avant la nuit !
Tout ce que le monde m'offre ici-bas
pour me consoler me pèse.
Imitation de Jésus-Christ.
Saison fidèle aux coeurs qu'importune la joie,
Te voilà, chère Automne, encore de retour.
Sois pure comme la rosée,
Comme le ciel que tu reflètes ;
Sois légère aux herbes brisées,
Ame tremblante du poète.
Souvent, le front posé sur tes genoux, je pleure,
Plus faible que ton coeur amoureux, faible femme,
Ton coeur est fatigué des voyages ? Tu cherches
Pour asile un toit bas et de chaume couvert,
Ton image en tous lieux peuple ma solitude.
Quand c'est l'hiver, la ville et les labeurs d'esprit,
Tu rangeais en chantant pour le repas du soir
Le pain blond, du laitage et le fruit de nos treilles,
Tu sommeilles ; je vois tes yeux sourire encor.
Ta gorge, ainsi deux beaux ramiers prennent l'essor,
Un soir, au temps du sombre équinoxe d'automne
Où la mer forcenée et redoublant d'assauts
Une flûte au son pur, je ne sais où, soupire.
C'est dimanche. La ville est paisible, il fait bleu ;
Vous qui sur mon front, toute en larmes,
Pressez vos yeux pour ne plus voir
Les feuilles du berceau de charmes