Toi dont les yeux erraient, altérés de lumière,
De la couleur divine au contour immortel
La lune n'était point ternie,
Le ciel était tout étoilé ;
Et moi, j'allai trouver Annie
Dans les sillons d'orge et de blé.
Vous vivez lâchement, sans rêve, sans dessein,
Plus vieux, plus décrépits que la terre inféconde,
Après l'apothéose après les gémonies,
Pour le vorace oubli marqués du même sceau,
Une étoile d'or là-bas illumine
Le bleu de la nuit, derrière les monts.
La lune blanchit la verte colline :
Dans le ciel clair rayé par l'hirondelle alerte,
Le matin qui fleurit comme un divin rosier
Il est un jour, une heure, où dans le chemin rude,
Courbé sous le fardeau des ans multipliés,
Sous la nue où le vent qui roule
Mugit comme un troupeau de boeufs,
Dans l'ombre la mer dresse en foule
Kallirhoé conçut dans l'ombre, au fond d'un antre,
À l'époque où les rois Ouranides sont nés,
Elle passe, tranquille, en un rêve divin,
Sur le bord du plus frais de tes lacs, ô Norvège !
L'universelle mort ressemble au flux marin
Tranquille ou furieux, n'ayant hâte ni trêve,
C'est le roi de la plaine et des gras pâturages.
Plein d'une force lente, à travers les herbages
I
Sous les grottes de nacre et les limons épais
Où la divine Mer sommeille et rêve en paix,
(Études latines, VII)
Enfant, pour la lune prochaine,
Pour le convive inattendu !
Votre amant, Muses, peut sans peine
C'était l'heure où l'oiseau, sous les vertes feuillées,
Repose, où tout s'endort, les hommes et les Dieux.
(Études latines, XIII)
Une âme nouvelle m'entraîne
Dans les antres sacrés, dans l'épaisseur des bois ;
Au déclin des grandeurs qui dominent la terre
Quand les cultes divins, sous les siècles ployés,
Le soleil déclinait vers l'écume des flots,
Et les grasses brebis revenaient aux enclos ;
Dompteur à peine né, qui tuais dans tes langes
Les Dragons de la Nuit ! Coeur-de-Lion ! Guerrier,
Mieux que l'aigle chasseur, familier de la nue,
Homme ! monte par bonds dans l'air resplendissant.
Je pâlis et tombe en langueur :
Deux beaux yeux m'ont blessé le coeur.
Rose pourprée et tout humide,
Les prés ont une odeur d'herbe verte et mouillée,
Un frais soleil pénètre en l'épaisseur des bois,
Sentiers furtifs des bois, sources aux frais rivages,
Et vous, grottes de pampre où glisse un jour vermeil,
Kléarista s'en vient par les blés onduleux
Avec ses noirs sourcils arqués sur ses yeux bleus,
Sur le vert Hymette, Éros, un matin,
Dérobait du miel à la ruche attique,
Mais, voyant le Dieu faire son butin,
Du pied des sommets bleus, là-bas, dans le ciel clair,
Épandu sur les lacs, les forêts et les plaines,
Les moines, à pas lents, derrière le Prieur
Qui portait le ciboire et les huiles mystiques,
Dans l'immense largeur du Capricorne au Pôle
Le vent beugle, rugit, siffle, râle et miaule,
Si nous vivions au siècle où les Dieux éphémères
Se couchaient pour mourir avec le monde ancien,
Le vieux Daçaratha, sur son siège d'érable,
Depuis trois jours entiers, depuis trois longues nuits,
La nue était d'or pâle, et, d'un ciel doux et frais,
Sur les jaunes bambous, sur les rosiers épais,
L'Ecclésiaste a dit : Un chien vivant vaut mieux
Qu'un lion mort. Hormis, certes, manger et boire,
Oriôn, tout couvert de la neige du pôle,
Auprès du Chien sanglant montrait sa rude épaule ;
Quand l'homme approche enfin des sommets où la vie
Va plonger dans votre ombre inerte, ô mornes cieux !
Midi, Roi des étés, épandu sur la plaine,
Tombe en nappes d'argent des hauteurs du ciel bleu.
L'âpre rugissement de la mer pleine d'ombres,
Cette nuit-là, grondait au fond des gorges noires,
Celui-ci vivra, vainqueur de l'oubli,
Par les Dieux heureux !
Sa main sûre et fine
A fait onduler sur l'onyx poli
Les belles filles aux pressoirs
Portent sur leur tête qui ploie,
À pleins paniers, les raisins noirs ;
Ni sanglants autels, ni rites barbares.
Les cheveux noués d'un lien de fleurs,
Une Ionienne aux belles couleurs
Sur la montagne aux sombres gorges
Où nul vivant ne pénétra,
Dans les antres de Lipara
Hèphaistos allume ses forges.
Le divin Berger des monts de Phrygie
Goûte, les yeux clos, l'éternel sommeil ;
Et de son beau corps, dans l'herbe rougie,
Bois chers aux ramiers, pleurez, doux feuillages,
Et toi, source vive, et vous, frais sentiers ;
Pleurez, ô bruyères sauvages,
Ta rose de pourpre, à ton clair soleil,
O Juin, étincelle enivrée ;
Penche aussi vers moi ta coupe dorée :
Ville au bouclier d'or, favorite des Dieux,
Toi que bâtit la Lyre aux sons mélodieux,
Sur la pente des monts les brises apaisées
Inclinent au sommeil les arbres onduleux ;
À l'ombre des rosiers de sa fraîche terrasse,
Sous l'ample mousseline aux filigranes d'or,
Khons, tranquille et parfait, le Roi des Dieux thébains,
Est assis gravement dans sa barque dorée :
(Études latines, IX)
Il me faut retourner aux anciennes amours :
L'Immortel qui naquit de la Vierge Thébaine,
Pan d'Arcadie, aux pieds de chèvre, au front armé
De deux cornes, bruyant, et des pasteurs aimé,
A travers les massifs des pâles oliviers
L'Archer resplendissant darde ses belles flèches
Un monde mort, immense écume de la mer,
Gouffre d'ombre stérile et de lueurs spectrales,
(Études latines, X)
Offre un encens modeste aux Lares familiers,
Phidylé, fruits récents, bandelettes fleuries ;
(Études latines, V)
Depuis neuf ans et plus dans l'amphore scellée
Mon vin des coteaux d'Albe a lentement mûri ;
(Études latines, XI)
Plus de neiges aux prés. La Nymphe nue et belle
Danse sur le gazon humide et parfumé ;
Berger du monde, clos les paupières funèbres
Des deux chiens d'Yama qui hantent les ténèbres.
Kastalides ! chantez l'enfant aux brunes tresses,
Dont la peau lisse et ferme a la couleur du miel,
En la trentième année, au siècle de l'épreuve,
Etant captif parmi les cavaliers d'Assur,
Comme un morne exilé, loin de ceux que j'aimais,
Je m'éloigne à pas lents des beaux jours de ma vie,
(Études latines, XII)
Le Souci, plus léger que les vents de l'Épire,
Poursuivra sur la mer les carènes d'airain ;
Si l'Aurore, toujours, de ses perles arrose
Cannes, gérofliers et maïs onduleux ;
Tu te tairas, ô voix sinistre des vivants !
Blasphèmes furieux qui roulez par les vents,
Sous l'épais sycomore, ô vierge, où tu sommeilles,
Dans le jardin fleuri, tiède et silencieux,
Le ciel, aux lueurs apaisées,
Rougissait le feuillage épais,
Et d'un soir de mai, doux et frais,
On sentait perler les rosées.
O chevrier ! ce bois est cher aux Piérides.
Point de houx épineux ni de ronces arides ;
Ta demeure est au bord des océans antiques,
Maître ! Les grandes Eaux lavent tes pieds mystiques.
(Études latines, III)
Ne crains pas de puiser aux réduits du cellier
Le vin scellé quatre ans dans l'amphore rustique ;
Aux pentes du coteau, sous les roches moussues,
L'eau vive en murmurant filtre par mille issues,
I
Ô jeune Thyoné, vierge au regard vainqueur,
Aphrodite jamais n'a fait battre ton coeur,
(Études latines, XV)
Ô blanche Tyndaris, les Dieux me sont amis
Ils aiment les Muses Latines ;
Autrefois, quand l'essaim fougueux des premiers rêves
Sortait en tourbillons de mon coeur transporté ;
Certes, en ce temps-là, le bon pays de France
Par le fait de Satan fut très fort éprouvé,
Pas un grêle fétu du sol n'ayant levé
Sur la côte d'un beau pays,
Par delà les flots Pacifiques,
Deux hauts palmiers épanouis
Bercent leurs palmes magnifiques.
(Études latines, VI)
En mes coupes d'un prix modique
Veux-tu tenter mon humble vin ?
Je l'ai scellé dans l'urne Attique
Une nuit noire, par un calme, sous l'Équateur.
Le Temps, l'Étendue et le Nombre
Sont tombés du noir firmament
Marbre sacré, vêtu de force et de génie,
Déesse irrésistible au port victorieux,
Pure comme un éclair et comme une harmonie,