Poésies de Charles-Marie LECONTE DE Lisle

frPoésie française

A

  • A un poète mort

    Toi dont les yeux erraient, altérés de lumière,
    De la couleur divine au contour immortel

  • Annie

    La lune n'était point ternie,
    Le ciel était tout étoilé ;
    Et moi, j'allai trouver Annie
    Dans les sillons d'orge et de blé.

  • Aux modernes

    Vous vivez lâchement, sans rêve, sans dessein,
    Plus vieux, plus décrépits que la terre inféconde,

  • Aux morts

    Après l'apothéose après les gémonies,
    Pour le vorace oubli marqués du même sceau,

C

  • Christine

    Une étoile d'or là-bas illumine
    Le bleu de la nuit, derrière les monts.
    La lune blanchit la verte colline :

D

  • Dans le ciel clair

    Dans le ciel clair rayé par l'hirondelle alerte,
    Le matin qui fleurit comme un divin rosier

  • Dies irae

    Il est un jour, une heure, où dans le chemin rude,
    Courbé sous le fardeau des ans multipliés,

E

  • Effet de lune

    Sous la nue où le vent qui roule
    Mugit comme un troupeau de boeufs,
    Dans l'ombre la mer dresse en foule

  • Ekhidna

    Kallirhoé conçut dans l'ombre, au fond d'un antre,
    À l'époque où les rois Ouranides sont nés,

  • Épiphanie

    Elle passe, tranquille, en un rêve divin,
    Sur le bord du plus frais de tes lacs, ô Norvège !

F

  • Fiat nox

    L'universelle mort ressemble au flux marin
    Tranquille ou furieux, n'ayant hâte ni trêve,

  • Fultus hyacintho

    C'est le roi de la plaine et des gras pâturages.
    Plein d'une force lente, à travers les herbages

G

  • Glaucé

    I
    Sous les grottes de nacre et les limons épais
    Où la divine Mer sommeille et rêve en paix,

  • Glycère

    (Études latines, VII)
    Enfant, pour la lune prochaine,
    Pour le convive inattendu !
    Votre amant, Muses, peut sans peine

H

  • Hylas

    C'était l'heure où l'oiseau, sous les vertes feuillées,
    Repose, où tout s'endort, les hommes et les Dieux.

  • Hymne

    (Études latines, XIII)
    Une âme nouvelle m'entraîne
    Dans les antres sacrés, dans l'épaisseur des bois ;

  • Hypatie

    Au déclin des grandeurs qui dominent la terre
    Quand les cultes divins, sous les siècles ployés,

  • Hèraklès au taureau

    Le soleil déclinait vers l'écume des flots,
    Et les grasses brebis revenaient aux enclos ;

  • Hèraklès solaire

    Dompteur à peine né, qui tuais dans tes langes
    Les Dragons de la Nuit ! Coeur-de-Lion ! Guerrier,

I

  • In excelsis

    Mieux que l'aigle chasseur, familier de la nue,
    Homme ! monte par bonds dans l'air resplendissant.

J

  • Jane

    Je pâlis et tombe en langueur :
    Deux beaux yeux m'ont blessé le coeur.
    Rose pourprée et tout humide,

  • Juin

    Les prés ont une odeur d'herbe verte et mouillée,
    Un frais soleil pénètre en l'épaisseur des bois,

K

  • Klytie

    Sentiers furtifs des bois, sources aux frais rivages,
    Et vous, grottes de pampre où glisse un jour vermeil,

  • Kléarista

    Kléarista s'en vient par les blés onduleux
    Avec ses noirs sourcils arqués sur ses yeux bleus,

L

  • L'abeille

    Sur le vert Hymette, Éros, un matin,
    Dérobait du miel à la ruche attique,
    Mais, voyant le Dieu faire son butin,

  • L'Aboma

    Du pied des sommets bleus, là-bas, dans le ciel clair,
    Épandu sur les lacs, les forêts et les plaines,

  • L'agonie d'un saint

    Les moines, à pas lents, derrière le Prieur
    Qui portait le ciboire et les huiles mystiques,

  • L'albatros

    Dans l'immense largeur du Capricorne au Pôle
    Le vent beugle, rugit, siffle, râle et miaule,

  • L'anathème

    Si nous vivions au siècle où les Dieux éphémères
    Se couchaient pour mourir avec le monde ancien,

  • L'Arc de Civa

    Le vieux Daçaratha, sur son siège d'érable,
    Depuis trois jours entiers, depuis trois longues nuits,

  • L'aurore

    La nue était d'or pâle, et, d'un ciel doux et frais,
    Sur les jaunes bambous, sur les rosiers épais,

  • L'Ecclésiaste

    L'Ecclésiaste a dit : Un chien vivant vaut mieux
    Qu'un lion mort. Hormis, certes, manger et boire,

  • L'enfance d'Hèraklès

    Oriôn, tout couvert de la neige du pôle,
    Auprès du Chien sanglant montrait sa rude épaule ;

  • L'illusion suprême

    Quand l'homme approche enfin des sommets où la vie
    Va plonger dans votre ombre inerte, ô mornes cieux !

  • Tous les poèmes de Charles-Marie LECONTE DE Lisle débutant par la lettre L

M

  • Midi

    Midi, Roi des étés, épandu sur la plaine,
    Tombe en nappes d'argent des hauteurs du ciel bleu.

  • Mille ans après

    L'âpre rugissement de la mer pleine d'ombres,
    Cette nuit-là, grondait au fond des gorges noires,

  • Médailles antiques - I

    Celui-ci vivra, vainqueur de l'oubli,
    Par les Dieux heureux !
    Sa main sûre et fine
    A fait onduler sur l'onyx poli

  • Médailles antiques - II

    Les belles filles aux pressoirs
    Portent sur leur tête qui ploie,
    À pleins paniers, les raisins noirs ;

  • Médailles antiques - III

    Ni sanglants autels, ni rites barbares.
    Les cheveux noués d'un lien de fleurs,
    Une Ionienne aux belles couleurs

  • Médailles antiques - IV

    Sur la montagne aux sombres gorges
    Où nul vivant ne pénétra,
    Dans les antres de Lipara
    Hèphaistos allume ses forges.

  • Médailles antiques - V

    Le divin Berger des monts de Phrygie
    Goûte, les yeux clos, l'éternel sommeil ;
    Et de son beau corps, dans l'herbe rougie,

N

  • Nanny

    Bois chers aux ramiers, pleurez, doux feuillages,
    Et toi, source vive, et vous, frais sentiers ;
    Pleurez, ô bruyères sauvages,

  • Nell

    Ta rose de pourpre, à ton clair soleil,
    O Juin, étincelle enivrée ;
    Penche aussi vers moi ta coupe dorée :

  • Niobé

    Ville au bouclier d'or, favorite des Dieux,
    Toi que bâtit la Lyre aux sons mélodieux,

  • Nox

    Sur la pente des monts les brises apaisées
    Inclinent au sommeil les arbres onduleux ;

  • Nurmahal

    À l'ombre des rosiers de sa fraîche terrasse,
    Sous l'ample mousseline aux filigranes d'or,

  • Néférou-Ra

    Khons, tranquille et parfait, le Roi des Dieux thébains,
    Est assis gravement dans sa barque dorée :

  • Néère

    (Études latines, IX)
    Il me faut retourner aux anciennes amours :
    L'Immortel qui naquit de la Vierge Thébaine,

P

  • Pan

    Pan d'Arcadie, aux pieds de chèvre, au front armé
    De deux cornes, bruyant, et des pasteurs aimé,

  • Paysage

    A travers les massifs des pâles oliviers
    L'Archer resplendissant darde ses belles flèches

  • Paysage polaire

    Un monde mort, immense écume de la mer,
    Gouffre d'ombre stérile et de lueurs spectrales,

  • Phidylé

    (Études latines, X)
    Offre un encens modeste aux Lares familiers,
    Phidylé, fruits récents, bandelettes fleuries ;

  • Phyllis

    (Études latines, V)
    Depuis neuf ans et plus dans l'amphore scellée
    Mon vin des coteaux d'Albe a lentement mûri ;

  • Plus de neiges aux prés...

    (Études latines, XI)
    Plus de neiges aux prés. La Nymphe nue et belle
    Danse sur le gazon humide et parfumé ;

  • Prière védique pour les morts

    Berger du monde, clos les paupières funèbres
    Des deux chiens d'Yama qui hantent les ténèbres.

  • Péristèris

    Kastalides ! chantez l'enfant aux brunes tresses,
    Dont la peau lisse et ferme a la couleur du miel,

Q

  • Qaïn

    En la trentième année, au siècle de l'épreuve,
    Etant captif parmi les cavaliers d'Assur,

R

  • Requies

    Comme un morne exilé, loin de ceux que j'aimais,
    Je m'éloigne à pas lents des beaux jours de ma vie,

S

  • Salinum

    (Études latines, XII)
    Le Souci, plus léger que les vents de l'Épire,
    Poursuivra sur la mer les carènes d'airain ;

  • Si l'aurore

    Si l'Aurore, toujours, de ses perles arrose
    Cannes, gérofliers et maïs onduleux ;

  • Solvet seclum

    Tu te tairas, ô voix sinistre des vivants !
    Blasphèmes furieux qui roulez par les vents,

  • Sous l'épais Sycomore

    Sous l'épais sycomore, ô vierge, où tu sommeilles,
    Dans le jardin fleuri, tiède et silencieux,

  • Souvenir

    Le ciel, aux lueurs apaisées,
    Rougissait le feuillage épais,
    Et d'un soir de mai, doux et frais,
    On sentait perler les rosées.

  • Symphonie

    O chevrier ! ce bois est cher aux Piérides.
    Point de houx épineux ni de ronces arides ;

  • Sûryâ

    Ta demeure est au bord des océans antiques,
    Maître ! Les grandes Eaux lavent tes pieds mystiques.

T

  • Thaliarque

    (Études latines, III)
    Ne crains pas de puiser aux réduits du cellier
    Le vin scellé quatre ans dans l'amphore rustique ;

  • Thestylis

    Aux pentes du coteau, sous les roches moussues,
    L'eau vive en murmurant filtre par mille issues,

  • Thyoné

    I
    Ô jeune Thyoné, vierge au regard vainqueur,
    Aphrodite jamais n'a fait battre ton coeur,

  • Tyndaris

    (Études latines, XV)
    Ô blanche Tyndaris, les Dieux me sont amis
    Ils aiment les Muses Latines ;

U

  • Ultra coelos

    Autrefois, quand l'essaim fougueux des premiers rêves
    Sortait en tourbillons de mon coeur transporté ;

  • Un acte de charité

    Certes, en ce temps-là, le bon pays de France
    Par le fait de Satan fut très fort éprouvé,
    Pas un grêle fétu du sol n'ayant levé

  • Un coucher de soleil

    Sur la côte d'un beau pays,
    Par delà les flots Pacifiques,
    Deux hauts palmiers épanouis
    Bercent leurs palmes magnifiques.

V

  • Vile potabis

    (Études latines, VI)
    En mes coupes d'un prix modique
    Veux-tu tenter mon humble vin ?
    Je l'ai scellé dans l'urne Attique

  • Villanelle

    Une nuit noire, par un calme, sous l'Équateur.
    Le Temps, l'Étendue et le Nombre
    Sont tombés du noir firmament

  • Vénus de Milo

    Marbre sacré, vêtu de force et de génie,
    Déesse irrésistible au port victorieux,
    Pure comme un éclair et comme une harmonie,