Poésies de Émile Verhaeren

bePoésie belge

A

B

  • Bien que déjà, ce soir

    Bien que déjà, ce soir
    L'automne
    Laisse aux sentes et aux orées,
    Comme des mains dorées,
    Lentes, les feuilles choir,

C

  • C'est la bonne heure où la lampe s'allume

    C'est la bonne heure où la lampe s'allume :
    Tout est si calme et consolant, ce soir,

  • C'était en juin, dans le jardin

    C'était en juin, dans le jardin,
    C'était notre heure et notre jour ;
    Et nos yeux regardaient, avec un tel amour,
    Les choses,

  • Cantiques

    I
    Je voudrais posséder pour dire tes splendeurs,
    Le plain-chant triomphal des vagues sur les sables,

  • Celle du jardin

    Je vis l'Ange gardienne en tel jardin s'asseoir
    Sous des nimbes de fleurs irradiantes
    Et des vignes comme en voussoir ;

  • Celui de l'horizon

    J'ai regardé, par la lucarne ouverte, au flanc
    D'un phare abandonné que flagellait la pluie :

  • Celui de la fatigue

    Ce soir, l'homme de la fatigue
    A regarder s'illimiter la mer,
    Sous le règne du vent despote et des éclairs,

  • Celui du rien

    Je suis celui des pourritures grandioses
    Qui s'en revient du pays mou des morts ;
    Celui des Ouests noirs du sort

  • Ceux de Liége

    Dût la guerre mortelle et sacrilège
    Broyer notre pays de combats en combats,
    Jamais, sous le soleil, une âme n'oubliera

  • Chanson de fou (1)

    Le crapaud noir sur le sol blanc
    Me fixe indubitablement
    Avec des yeux plus grands que n'est grande sa tête ;

  • Chanson de fou (2)

    Je les ai vus, je les ai vus,
    Ils passaient, par les sentes,
    Avec leurs yeux, comme des fentes,

  • Tous les poèmes de Émile Verhaeren débutant par la lettre C

D

  • Dans la maison où notre amour a voulu naître

    Dans la maison où notre amour a voulu naître,
    Avec les meubles chers peuplant l'ombre et les coins,

  • Des fleurs fines et mousseuses comme l'écume

    Des fleurs fines et mousseuses comme l'écume
    Poussaient au bord de nos chemins

  • Des soirs

    (II)
    Sous les vitres du hall nitreux que le froid fore
    Et vrille et que de mats brouillards baignent de vair,

  • Dialogue

    ... Sois ton bourreau toi-même ;
    N'abandonne le soin de te martyriser
    A personne, jamais. Donne ton seul baiser

  • Dimanche matin

    Oh ! Les éveils des bourgades sous l'or des branches,
    Où courent la lumière et l'ombre - et les roseaux

  • Dis-moi, ma simple et ma tranquille amie

    Dis-moi, ma simple et ma tranquille amie,
    Dis, combien l'absence, même d'un jour,
    Attriste et attise l'amour ,

  • Décembre

    (Les hôtes)
    - Ouvrez, les gens, ouvrez la porte,
    je frappe au seuil et à l'auvent,
    ouvrez, les gens, je suis le vent,

  • Départ

    La mer choque ses blocs de flots, contre les rocs
    Et les granits du quai, la mer démente,

E

F

  • Fin d'année

    Sous des cieux faits de filasse et de suie,
    D'où choit morne et longue la pluie,
    Voici pourrir
    Au vent tenace et monotone,

  • Fleur fatale

    L'absurdité grandit comme une fleur fatale
    Dans le terreau des sens, des coeurs et des cerveaux ;

  • Fut-il en nous une seule tendresse

    Fut-il en nous une seule tendresse,
    Une pensée, une joie, une promesse,
    Que nous n'ayons semée au-devant de nos pas ?

H

  • Heure d'automne

    C'est bien mon deuil, le tien, ô l'automne dernière !
    Râles que roule, au vent du nord, la sapinière,

  • Heures mornes

    Hélas, quel soir ! ce soir de maussade veillée.
    Je hais, je ne sais plus ; je veux, je ne sais pas ;

  • Hommage

    I
    Pour y tasser le poids de tes belles lourdeurs,
    Tes doubles seins frugaux et savoureux qu'arrose

  • Hélas ! les temps sont loin...

    Hélas ! les temps sont loin des phlox incarnadins
    Et des roses d'orgeuil illuminant ses portes,

I

  • Il fait novembre en mon âme

    Rayures d'eau, longues feuilles couleur de brique,
    Par mes plaines d'éternité comme il en tombe !

  • Inconscience

    L'âme et le coeur si las des jours, si las des voix,
    Si las de rien, si las de tout, l'âme salie ;

  • Insatiablement

    Le soir, plein des dégoûts du journalier mirage,
    Avec des dents, brutal, de folie et de feu,

J

K

  • Kato

    Après avoir lavé les puissants mufles roux
    De ses vaches, curé l'égout et la litière,

L

  • L'abreuvoir

    En un creux de terrain aussi profond qu'un antre,
    Les étangs s'étalaient dans leur sommeil moiré,

  • L'action

    Lassé des mots, lassé des livres,
    Qui tiédissent la volonté,
    Je cherche, au fond de ma fierté,
    L'acte qui sauve et qui délivre.

  • L'amante

    Mon rêve est embarqué sur une île flottante,
    Les fils dorés des vents captent, en leurs réseaux,

  • L'ancienne gloire

    Dans le silence et la grandeur des cathédrales,
    La cité, riche avait jadis, dressé vers Dieu

  • L'arbre

    Tout seul,
    Que le berce l'été, que l'agite l'hiver,
    Que son tronc soit givré ou son branchage vert,

  • L'attente

    Et c'est au long de ces pays de sépulture,
    En ces marais, qui sont bourbeux depuis mille ans,

  • L'aube, l'ombre, le soir, l'espace et les étoiles

    L'aube, l'ombre, le soir, l'espace et les étoiles ;
    Ce que la nuit recèle ou montre entre ses voiles,

  • L'effort

    Groupes de travailleurs, fiévreux et haletants,
    Qui vous dressez et qui passez au long des temps

  • L'en-avant

    Le corps ployé sur ma fenêtre,
    Les nerfs vibrants et sonores de bruit,
    J'écoute avec ma fièvre et j'absorbe, en mon être,

  • L'enclos

    Quatre fossés couraient autour de l'enclos. Or,
    Quand le soleil de Mai, brûlant l'air de ses flammes,

  • Tous les poèmes de Émile Verhaeren débutant par la lettre L

M

  • Ma race

    Je suis le fils de cette race
    Dont les cerveaux plus que les dents
    Sont solides et sont ardents
    Et sont voraces.

  • Mes doigts

    Mes doigts, touchez mon front et cherchez, là,
    Les vers qui rongeront, un jour, de leur morsure,

  • Mets ta chaise près de la mienne

    Mets ta chaise près de la mienne
    Et tends les mains vers le foyer
    Pour que je voie entre tes doigts
    La flamme ancienne

  • Minuit blanc

    Dalles au fond des lointains clairs et lacs d'opales,
    Pendant les grands hivers, lorsque les nuits sont pâles

  • Moine doux

    Il est des moines doux avec des traits si calmes,
    Qu'on ornerait leurs mains de roses et de palmes,

  • Moine sauvage

    On trouve encor de grands moines que l'on croirait
    Sortis de la nocturne horreur d'une forêt.

  • Moine simple

    Ce convers recueilli sous la soutane bise
    Cachait l'amour naïf d'un saint François d'Assise.

  • Moine épique

    On eût dit qu'il sortait d'un désert de sommeil,
    Où, face à face, avec les gloires du soleil,

  • Mon ami, le paysage

    J'ai pour voisin et compagnon
    Un vaste et puissant paysage
    Qui change et luit comme un visage
    Devant le seuil de ma maison.

  • Mon village

    Une place minime et quelques rues,
    Avec un Christ au carrefour ;
    Et l'Escaut gris et puis la tour

  • Tous les poèmes de Émile Verhaeren débutant par la lettre M

N

  • Novembre

    Les grand'routes tracent des croix
    A l'infini, à travers bois ;
    Les grand'routes tracent des croix lointaines

O

P

  • Parabole

    Parmi l'étang d'or sombre
    Et les nénuphars blancs,
    Un vol passant de hérons lents
    Laisse tomber des ombres.

  • Pauvres vieilles cités

    Pauvres vieilles cités par les plaines perdues,
    Dites de quel grand plan de gloire,
    Vers la vie humble et dérisoire,

  • Peut-être

    Peut-être
    Lorsque mon dernier jour viendra,
    Peut-être
    Qu'à ma fenêtre,
    Ne fût-ce qu'un instant,
    Un soleil frêle et tremblotant

  • Pieusement

    La nuit d'hiver élève au ciel son pur calice.
    Et je lève mon coeur aussi, mon coeur nocturne,

  • Plus loin que les gares, le soir

    L'ombre s'installe, avec brutalité ;
    Mais les ciseaux de la lumière,
    Au long des quais, coupent l'obscurité,

  • Pour nous aimer des yeux

    Pour nous aimer des yeux,
    Lavons nos deux regards de ceux
    Que nous avons croisés, par milliers, dans la vie

  • Pour que rien de nous deux n'échappe à notre étreinte

    Pour que rien de nous deux n'échappe à notre étreinte,
    Si profonde qu'elle en est sainte

  • Pèlerinage

    Où vont les vieux paysans noirs
    Par les chemins en or des soirs ?
    A grands coups d'ailes affolées,

Q

R

S

T

U

  • Un lambeau de patrie

    Ce n'est qu'un bout de sol dans l'infini du monde.
    Le Nord
    Y déchaîne le vent qui mord.

  • Un matin

    Dès le matin, par mes grand'routes coutumières
    Qui traversent champs et vergers,
    Je suis parti clair et léger,

  • Un soir

    Avec les doigts de ma torture
    Gratteurs de mauvaise écriture,
    Maniaque inspecteur de maux,
    J'écris encor des mots, des mots...

  • Un soir (I)

    Sur des marais de gangrène et de fiel
    Des coeurs d'astres troués saignent du fond du ciel.
    Horizon noir et grand bois noir

  • Un soir (II)

    Sous ce funèbre ciel de pierre,
    Voûté d'ébène et de métaux,
    Voici se taire les marteaux
    Et s'illustrer la nuit plénière,

  • Un toit, là-bas

    Oh ! la maison perdue, au fond du vieil hiver,
    Dans les dunes de Flandre et les vents de la mer.

  • Un village

    Des murs crépis, de pauvres toits,
    Un pont, un chemin de halage,
    Et le moulin qui fait sa croix
    De haut en bas, sur le village.

  • Une heure de soir

    En ces heures de soirs et de brumes ployés
    Sur des fleuves partis vers des fleuves sans bornes,

  • Une statue (1)

    On le croyait fondateur de la ville,
    Venu de pays clairs et lointains,
    Avec sa crosse entre les mains,

  • Une statue (2)

    Au carrefour des abattoirs et des casernes,
    Il apparaît, foudroyant et vermeil,
    Le sabre en bel éclair dans le soleil.

  • Tous les poèmes de Émile Verhaeren débutant par la lettre U

V

  • Vers la mer

    Comme des objets frêles,
    Les vaisseaux blancs semblent posés
    Sur la mer éternelle.
    Le vent futile et pur n'est que baisers ;

  • Vers le cloître

    Je rêve une existence en un cloître de fer,
    Brûlée au jeûne et sèche et râpée aux cilices,

  • Vers le futur

    O race humaine aux destins d'or vouée,
    As-tu senti de quel travail formidable et battant,
    Soudainement, depuis cent ans,

  • Vieille ferme à la Toussaint

    La ferme aux longs murs blancs, sous les grands arbres jaunes,
    Regarde, avec les yeux de ses carreaux éteints,

  • Viens jusqu'à notre seuil répandre

    Viens jusqu'à notre seuil répandre
    Ta blanche cendre
    Ô neige pacifique et lentement tombée :

  • Viens lentement t'asseoir

    Viens lentement t'asseoir
    Près du parterre dont le soir
    Ferme les fleurs de tranquille lumière,

  • Vivons, dans notre amour et notre ardeur

    Vivons, dans notre amour et notre ardeur,
    Vivons si hardiment nos plus belles pensées
    Qu'elles s'entrelacent harmonisées

  • Voici quinze ans déjà que nous pensons d'accord

    Voici quinze ans déjà que nous pensons d'accord ;
    Que notre ardeur claire et belle vainc l'habitude,

  • Vous m'avez dit, tel soir...

    Vous m'avez dit, tel soir, des paroles si belles
    Que sans doute les fleurs, qui se penchaient vers nous,

  • Vénus

    Vénus,
    La joie est morte au jardin de ton corps
    Et les grands lys des bras et les glaïeuls des lèvres