Allons parmy les fleurs cueillir une guirlande,
Afin d'en couronner la Reine des Beautez ;
Carite l'autre jour si pompeuse et si belle,
De la terre, et du Ciel montroit tous les tresors ;
Carite pour jamais a quitté ces fontaines,
Où ses yeux faisaient voir deux soleils dans les eaux.
Ce qui doit m'étonner excite mon courage,
Et ma témérité me conduit au cercueil ;
Je sers une beauté plus dure qu'un écueil,
Cette source de mort, cette homicide peste,
Ce péché, dont l'enfer a le monde infecté,
Durant la belle nuit, dont mon ame ravie
Preferoit les clartez à celles d'un beau jour,
Je vogue sur la mer, où mon âme craintive,
Aux jours les plus sereins, voit les vents se lever.
La voix qui retentit de l'un à l'autre Pole,
La terreur et l'espoir des vivans et des morts,
Messagers du sommeil, allez à la mal'heure,
Annoncez le desastre aux coupables humains,
Quand je la vois briller sous un voile funeste,
Comme une autre Diane, au milieu de la nuit,
Une effroyable horreur couvrait la terre et l'onde
Et déjà les démons menaient par l'univers
Une fleur passagère, une vaine peinture,
Faisaient de mes beaux jours les plus douces clartés,
Vous implorez en vain, pauvre troupe insensée,
Un injuste secours, par un injuste effort